mouvement sans terre

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22 févr. 2016

« Lutte pour la terre, l'alimentation et le climat »

Conférence de Joaquin Pinero, responsable des relations internationales du Mouvement de Sans Terre du Brésil, le 26 octobre 2015 à AgroSup Dijon, sur le thème « Lutte pour la terre, l'alimentation et le climat »

Tout d'abord Joaquin Pinero indique que les problèmes alimentaires au niveau de la planète (1 Milliard d'individus souffrent de sous-alimentation) ne se situent pas au niveau de la production agricole, mais au niveau de l'organisation de cette production : en effet, les possibilités de production sur terre permettraient de nourrir correctement 3 fois plus d'habitants.
L'exemple du Brésil est particulièrement éclairant sur les conséquences de cette mauvaise organisation de la production sur l'alimentation du peuple brésilien et les dégâts environnementaux du modèle de production.
Au Brésil, la question foncière n'a jamais été solutionnée. Les occupants portugais ont spolié les populations indigènes pour attribuer de très grandes propriétés foncières aux colons. Il en a résulté un système agro-exportateur qui fonctionne depuis 300 ans. Ce modèle est basé sur 3 piliers :
  • monoculture extensive (café, cacao, puis canne à sucre et soja...)
  • la quasi totalité de la production est destinée à l'exportation,
  • le travail au départ fondé sur l'esclavage, est aujourd'hui assuré par des travailleurs exploités et précaires.
L'abolition de l'esclavage en 1888 n'a pas été suivi d'une réforme agraire : les anciens esclaves n'avaient pas les moyens d'acheter la terre qui est restée aux mains des grands propriétaires terriens, ce qui a entraîné un fort mouvement d'exode rural. En 1889, l'installation d'une république consacre l'alliance de la bourgeoisie industrielle et des grands propriétaires terriens.
Dans les années 1960, sous la présidence de Joao Goulart, une réforme agraire est proposée ainsi que des améliorations concernant l'éducation et la santé. Mais un coup d'état militaire en 1964, soutenu par une alliance des grands propriétaires terriens et de la bourgeoisie industrielle, mit un terme au processus de réformes engagées. La dictature militaire dura de 1964 à 1985 : cette période est caractérisée au niveau agricole par :
  • la mise en œuvre de la Révolution verte qui favorise de grandes exploitations agricoles, à haut niveau technologique et fortement consommatrice d'intrants et de ressources non renouvelables ; toute idée de réforme agraire est abandonnée ;
  • ce modèle entre en crise dans les années 70, car il est basé sur de fortes consommation de pétrole et sur l'exportation ;
  • ce modèle entraîne une accélération de l'exode rural, mais une partie des paysans refusent d'aller en ville et résistent en occupant des terres ; parallèlement se développent des mouvements de résistance des travailleurs de l'industrie ;
  • il y a articulation de ces mouvements avec la théologie de la Libération soutenue par une partie de la hiérarchie catholique brésilienne.
Dans cette période sont nés le Mouvement des Sans Terre (MST), la Confédération des travailleurs et le Parti des travailleurs.
Le MST est un mouvement indépendant de tout syndicat, parti politique ou église. Il lutte pour une réforme agraire, avec un projet de transformation du milieu rural, qui s'inscrit dans un projet de transformation de toute la société. Le MST est dirigé par une coordination collective, sans président.
Depuis sa fondation, il a permis à 300 000 familles de s'installer sur des terres qu'elles avaient initialement occupé de manière illégale. L'occupation de la terre est le principal moyen de lutte du MST : elle s'appuie sur la fonction sociale de la terre reconnue par la Constitution brésilienne de 1988 :
  • la terre doit être productive,
  • les propriétaires doivent respecter la législation du travail,
  • ils doivent respecter les bonnes pratiques environnementales.
Or, au Brésil, beaucoup de terres sont inutilisées. Aussi, le MST repère les familles qui sont candidates à exploiter des terres ; il repère les terres inutilisées ou exploitées en ne respectant pas la législation sociale ou environnementale ; enfin il organise l'occupation des terres, puis la reconnaissance juridique des exploitations de ces paysans ainsi installés. En plus des 300 000 familles dont l'installation a été reconnue, 100 000 familles sont dans un processus d'occupation non reconnue des terres. Ces 400 000 familles (soit 2 millions de personnes) représentent la base sociale du MST.
En face du MST, l'agro-négoce est de plus en plus puissant au Brésil, avec l'arrivée de nombreuses entreprises multinationales. 5 grandes multinationales contrôlent la chaîne de production, transformation, distribution et exportation de produits agricoles (l'amont et l'aval de l'agriculture).
Finalement coexiste au Brésil 2 modèles d'agriculture :
  • l'agro-négoce : c'est une grande agriculture qui utilise comme intrants des produits agro-toxiques, tournée vers l'exportation et qui est appuyée par une grande partie des députés et sénateurs du Congrès ; sur les 10 produits les plus exportés par le Brésil, 7 proviennent de cette agriculture ;
  • l'agriculture familiale et paysanne : elle représente 60% de l'emploi en milieu rural et produit 70% de l'alimentation de brésiliens

Le MST est le représentant de cette agriculture familiale et paysanne et lutte pour :
  • démocratiser les structures foncières. Le Brésil a la propriété la plus concentrée au monde : 1% des propriétaires possèdent 46% des terres
  • changer le modèle agricole en promouvant le modèle de l'agro-écologie, ce qui permettrait de créer des emplois en milieu rural pour éviter l'exode rural : le modèle d'agro-négoce est en train d'empoisonner producteurs et consommateurs
  • développer la formation à l'agro-écologie, car la formation actuelle est orientée vers l'agriculture productiviste
  • créer des écoles en milieu rural, afin d'éduquer tous les enfants de paysans
  • développer les liens avec d'autres pays et d'autres organisations, notamment à travers le réseau Via Campesina, afin de faire avancer les luttes et la résistance au niveau international : ce développement passe par l'échange d'agriculteurs et techniciens et d'étudiants.

Joachin répond ensuite aux questions de l'Assemblée.

Q. Il y a 2 ministères de l'agriculture au Brésil. Pouvez-vous nous indiquer les différences en terme de subvention et de coordination ?
R. Pour comprendre la différence entre les 2 ministères, il faut faire de l'histoire. Après des défaites en 1988,1994 et 1998, Lula arrive au pouvoir en 2002 grâce à une alliance large avec le Centre et une partie de la Droite.
Sous la présidence de Cardoso, suite à des mouvements de paysans, un ministère du développement agraire (MDA) avait été créé en 1999 pour appuyer l'agriculture familiale, tout en maintenant un ministère pour l'agriculture patronale (MAPA : ministère de l’Agriculture, de la pèche et du ravitaillement). Ces 2 ministères ont été conservés sous les présidences de Lula et Dilma Rousseff. Tandis que le MDA soutient l'agriculture paysanne, le MAPA soutient la vocation exportatrice de produits agricoles du Brésil. Le MDA dispose d'un budget de 20 milliards de réals, tandis que le MAPA a un budget de 100 milliards de réals.

Q. Comment se passe concrètement l'occupation des terres ? Quel est le statut juridique des terres occupées ?
R. Le processus d'occupation des terres et de reconnaissance juridique du droit d'usage des paysans installés est le suivant :
  1. des gens sans terre réclament des terres à exploiter : ils sont informés de leurs droits et aidés par les familles qui ont été installées auparavant
  2. après identification des familles sans terre, le MST identifie les terres qui ne remplissent pas leur fonction sociale reconnue par la constitution du Brésil
  3. le MST a un rôle crucial dans cette phase du processus, car il organise un réseau d'aide solidaire de ceux qui sont déjà installés et dont le droit d'usage a été reconnu légalement vers ceux qui occupent illégalement leurs terres : ces occupants « illégaux » subissent la répression policière et leur occupation précaire peut durer 10 ans avant d'être légalement reconnue et certains (jusqu'à 50%) abandonnent la lutte. Le MST demande que le gouvernement solutionne l'occupation par l'achat de terres et par une reconnaissance du droit d'usage aux paysans occupants.
  4. le processus d'occupation, lorsqu'il aboutit, est reconnu par l'Etat qui achète les terres aux anciens propriétaires et concède le droit d'usage aux paysans occupant les terres

Q. Quelle est l'importance des exploitations de paysans ayant bénéficié des rétrocessions ?
R. La superficie totale du Brésil est de 850 millions d'hectares dont 370 millions d'hectares en terres agricoles qui se répartissent de la manière suivante :
  • 100 millions d'hectares d'élevage extensif
  • 100 millions d'hectares de production de céréales (le Brésil exporte 200 millions de tonnes de céréales)
  • 70 millions d'hectares de petite agriculture familiale
  • 100 millions d'hectares en conflit revendiqués entre la grande agriculture et l'agriculture familiale.
Sont considérées comme « petites », les exploitations d'une superficie inférieure à 10 ha, mais ce seuil est variable selon les régions. Par exemple, en Amazonie, une exploitation de 100 ha peut être considérée comme petite. A l'autre extrême, certains propriétaires possèdent des superficies équivalentes à la surface de la Suisse.

Q. Actuellement, on a l'impression que le processus est pacifié, alors qu'il y a une intervention très dure de l'état contre l'occupation des terres (utilisation de pesticides par avion) ?
R. Aujourd'hui les conflits et la violence du processus diminuent. Il y a une diminution de la pression sur la terre, car d'autres possibilités d'emploi existent. Beaucoup de projets générateurs d'activités ont été mis en place sous la Présidence de Lula. Au lieu d'occuper les terres, les travailleurs ont été employés dans ces nouvelles activités.
Le Brésil est une république fédérale composée de 26 états qui ont une grande autonomie par rapport à l'état fédéral. La police militaire est autonome du gouvernement fédéral, elle est sous l'autorité du gouvernement des états. Comme il y a des Etats où le gouverneur est de droite ou d'extrême-droite, la répression s'attaque aux indigènes et membres du MST. Par exemple, au Mato Grosso, le gouverneur a été élu par les producteurs de soja et le soja importé en Europe provient du sang des indiens du Mato Grosso.
Le parti des grands propriétaires terriens domine le parlement brésilien : seulement 80 députés (sur 500) appartiennent au Parti des Travailleurs, le parti de Lula et Dilma Rousseff.
2 personnes par jour sont assassinées par la police militaire : souvent de jeunes noirs vivant à la périphérie des grandes villes.

Q. Comment serait-il possible aujourd'hui de mettre en place une réforme foncière, face à la très grande inégalité foncière du Brésil ?
R. Nous gardons espoir, car nous sommes dans un processus de lutte. Si on regarde ce que nous avons gagné depuis 30 ans, il y a motif d'espoir. La réforme agraire progressera avec l'appui des gens qui vivent en ville. Par exemple une foire qui a réuni 100 000 personnes, a été organisée à Sao Paulo pour offrir les produits des exploitations installées grâce au mouvement des sans terre. Les produits provenant des petites exploitations familiales sont sains, alors que ceux de la grande agriculture sont toxiques. Le renforcement du mouvement de soutien aux Sans Terre est nécessaire, car au Brésil, il y a un fossé énorme entre les villes et les campagnes : peu de consommateurs urbains ont conscience de la toxicité des produits alimentaires qu'ils consomment.

Q. Quel est le rôle de la moyenne exploitation et comment se développe-t-elle ?
R. La moyenne exploitation fait partie de l'exploitation familiale, malgré les tentatives d'intégration de cette agriculture par l'agro-business.

Q. En tant que consommateur européen, a-t-on une influence sur l'agriculture brésilienne ?
R. En Allemagne, la société civile s'organise pour interdire l'importation de soja du Mato Grosso, car on a trouvé des résidus de glyphosate dans le lait et les viandes de vaches nourries par du soja brésilien. En faisant pression sur nos gouvernements pour empêcher les importations de soja brésilien transgénique, on peut imposer une autre agriculture au Brésil. Une bonne partie de la viande exportée provient d'exploitations utilisant des esclaves.

Q. Comment faites-vous pour avoir une représentation des hommes et des femmes et pour aider les jeunes à avoir une conscience politique afin que le MST se renouvelle ?
R. La société brésilienne est traditionnellement machiste et si on considère les travailleurs agricoles, ils sont 10 fois plus machistes que les autres. Le contexte de travail est très difficile et les femmes sont reléguées à des fonctions subalternes (travaux domestiques, éducation des enfants...). A partir de ces observations, le MST a mis en place des procédures permettant aux femmes d'avoir du pouvoir dans l'organisation. Ainsi, ont été crées des crèches qui permettent aux femmes de participer aux réunions et de prendre des décisions. La parité est exigée pour participer aux formations. A chaque niveau d'organisation (du groupement d'association jusqu'au niveau fédéral), la parité 1 homme, 1 femme est requise.
Les jeunes participent activement aux actions du Mouvement. Tous les militants du mouvement doivent faire de la formation en permanence. L'incitation à se former va de l'alphabétisation au doctorat. Lors du dernier congrès, sur les 15 000 membres présents, 60% avaient moins de 35 ans. Le niveau d'esprit critique des participants a augmenté. Les discours très applaudis des vieux leaders ne sont plus acceptés, à tel point que ces vieux leaders se mettent à se former.

Q. La dernière intervention provient d'un étudiant brésilien à AgroSup. Il se demande pourquoi il existe cette situation si injuste, pas seulement en Amérique Latine, mais aussi en Afrique ? Pour lui, la cause de cette injustice, c'est le capitalisme. Il cite José Saramago pour qui la plus grande obscénité est la faim. Quelle est la force qui empêche que des personnes simples puissent utiliser la terre, car la terre est un droit nécessaire à la vie comme l'air ? La terre génère la vie, c'est de là que les hommes tirent leur subsistance. Comment imaginer que cette force de vie soit empêchée par des intérêts financiers ?
La plus grande contradiction du MST, c'est de faire respecter la loi, que la terre appartienne à celui qui la travaille. Souveraineté alimentaire, souveraineté populaire, n'intéressent pas ceux qui sont intéressé par l'argent.
A qui sert l'intérêt que l'espace rural soit vidé de sa substance pour le rendre invisible ? Le capital, cette chose terrible et abominable.


En conclusion, Joaquin remercie l'assistance pour son écoute et l'intérêt porté au Mouvement des Sans Terre. Il espère avoir contribué à une meilleure connaissance de la réalité des luttes paysannes au Brésil.

8 févr. 2010

Conférence FAL : «Brésil : Puissance économique et mouvements sociaux»

Place des 3 pouvoirs - Julien Terrié - Brasilia

Place des 3 pouvoirs - Julien Terrié - Brasilia

Lundi 15 février, au restaurant « Rincon Chileno » (24, rue Réclusane)

à 20h30, « Café Diplo-Latino »

Soirée-débat avec les Amis du Monde Diplomatique sur :

« Brésil : Puissance économique et mouvements sociaux«

5 nov. 2009

Déçus par Lula, les sans-terre ne lâchent rien

par Lamia Oualalou


Pour une fois, l’orage est bienvenu. La terre si souvent craquelée
sous le soleil du Pará, dans l’Amazonie brésilienne, est devenue
boue. Une aubaine pour le groupe de jeunes membres du
Mouvement des travailleurs ruraux sans terre, plus connu sous
l’abréviation MST. Ils doivent préparer une «mistica », une cérémonie
en l’honneur de ceux qui sont tombés au combat pour la
terre. Nous sommes sur la route d’Eldorado do Carajás, un village
du Pará, là où, le 17 avril 1996, la police militaire a tué à bout
portant dix-neuf paysans sans terre qui réclamaient de meilleures
conditions de vie.

Rescapé, Miguel Pontes, la quarantaine, se souvient : « Les flics
sont arrivés, ils ont commencé à tirer en l’air, nous n’avons pas
bougé, jamais nous n’aurions pensé qu’ils étaient près à nous
tuer. » La troupe fait feu, visant en priorité les jeunes hommes
aux allures de chefs. Miguel s’effondre, une balle dans la jambe.
Malgré le temps, la douleur est intacte. Il s’en tire bien. Hormis
ses dix-neuf compagnons tués, de nombreux blessés ont été
contraints de subir une amputation. La plupart attendent toujours
une indemnisation de la justice. Quant aux donneurs d’ordre de
la hiérarchie politique et policière, ils sont libres. Leurs avocats
ont multiplié les appels en attendant qu’ils atteignent 70 ans, âge
auquel ils ne pourront plus être emprisonnés.

Treize ans plus tard, à Eldorado do Carajás, des adolescents, le
corps enduit de boue, comme surgis de terre, entament la cérémonie,
sur les lieux de la fusillade, là où la route fait un «S».
Ils investissent une arène faite de dix-neuf troncs de châtaigniers
brûlés. C’est un artiste qui les a récupérés, usant de leur force
symbolique. En théorie, il est interdit de couper cet arbre, représentatif
de cette région d’Amazonie. Les éleveurs et grands
propriétaires détournent la loi en brûlant la terre. Le châtaignier
reste debout, mais meurt. Il n’est plus qu’une carcasse dans le
paysage. Au bout de quelques minutes, d’autres jeunes paysans
entrent en scène, une rose rouge à la main. Ensemble, ils se recueillent,
avant de déclamer : «Les puissants peuvent tuer une,
deux, même dix roses, mais ils ne peuvent empêcher l’arrivée du
printemps .» Une métaphore limpide pour assurer que les sans-
terre continueront la lutte. Ensemble, les jeunes plantent dix-neuf
arbres, un pour chaque victime, comme un pari sur l’avenir.

En 1996, le massacre d’Eldorado do Carajás a fait l’effet d’une
bombe, donnant un visage, dans le monde entier, aux sans-terre
brésiliens. Le mouvement était né douze ans auparavant, à Sarandí,
dans le Rio Grande do Sul, l’Etat le plus au sud du
pays, connu pour sa tradition sociale ? c’est sa capitale, Porto
Alegre, qui accueille en 2001 le premier Forum social mondial.
A l’époque, à la veille du rétablissement de la démocratie, les oc


cupations de terre par des paysans sont fréquentes, mais isolées.
Les militants de la Commission pastorale de la Terre (CPT), une
aile progressiste de l’Eglise catholique, commencent à organiser
cette main-d’oeuvre rurale. Ils sont influencés par le mouvement
ouvrier qui a donné naissance en 1980 au Parti des travailleurs
(PT) ? la formation de Lula ? et, trois ans plus tard, à la Confédération
unique des travailleurs (CUT), aujourd’hui la principale
centrale syndicale du pays.

Un prête-nom possède des terres de la surface du Portugal

«Notre objectif était clair », se souvient João Pedro Stedile, principal
porte-parole d’un mouvement qui se targue toutefois de
n’avoir ni chef, ni hiérarchie : «Créer un mouvement de masse
au niveau national, qui puisse se battre pour la réforme agraire,
et pour une société plus juste et égalitaire. »

La revendication prend. Le Brésil est l’exemple le plus caricatural,
en Amérique latine, de la concentration foncière. En 1985,
date du dernier recensement agricole, 35.000 familles (1% de
la population) détenaient 44% de la terre cultivable du pays.
Ces «latifundios », sont le plus souvent acquis de façon illégale,
confisqués par des puissants locaux qui falsifient les titres de propriété.
On appelle ces faussaires les «grileiros », parce qu’à l’origine,
ils contrefaisaient les documents en les plaçant un temps
dans une boîte pleine de grillons. Le papier en sortait taché et grignoté,
témoignage des décennies passées dans un coffre familial.
Il se trouvait toujours un juge pour en reconnaître l’authenticité.

Dans l’Etat du Pará, justement, un certain Carlos Medeiros (numéro
de carte d’identité : 92093-Spp/PA) est ainsi propriétaire,
depuis les années 1970, de 9 millions d’hectares ? la surface du
Portugal. Un héritage de deux cultivateurs portugais, prétendent
ses avocats. L’ennui, c’est que Carlos Medeiros n’a jamais existé.
C’est un prête-nom qui permet à une poignée de propriétaires locaux
de s’approprier la terre publique.

C’est ce type de terres que cible le mouvement des sans-terre. «Ils
choisissent toujours des terres, prétendues privées, mais qui sont
en fait volées à l’Etat, avec la complicité des politiques et des
magistrats locaux, eux-mêmes grands propriétaires », explique
Jean-Pierre Leroy, un Français installé depuis trente ans au Brésil
et qui travaille sur la préservation de l’Amazonie au sein de
l’ONG Fase.

La méthode du MST est toujours la même. Investir une terre qui
devrait faire l’objet d’expropriation par l’Etat, soit parce que son
titre est falsifié, soit parce que la productivité est très basse, et
l’occuper. Les familles montent alors un campement («acampa
mento », dans le vocabulaire du mouvement), qui, lorsqu’il n’est
pas délogé, peut durer plusieurs années jusqu’à l’attribution d’un
titre de propriété. Il se transforme alors en «assentamento », ensemble
de terres cultivées de façon collective, par le biais de coopératives.
Ils le payent cher. Tombés sous les balles de la police
ou le plus souvent de tueurs à gage, plus de 1800 militants de la
réforme agraire sont morts ces trente dernières années. Pratiquement
aucun cas n’a été résolu par la justice.

La principale originalité du mouvement est sa structure, ni parti,
ni syndicat, fondé sur le noyau familial ? c’est un couple qui apparaît
sur le drapeau rouge ? et sa capacité, contrairement aux autres
collectifs paysans, à s’allier à des groupes progressistes citadins
et ouvriers. Le Parti des travailleurs (PT) a ainsi fait de la réforme
agraire, pourtant étrangère à sa nature, une de ses principales revendications.
«L’élément le plus intéressant du MST, c’est son
pari sur l’éducation, de l’alphabétisation à la prise de conscience
d’une société de classes », estime Ariovaldo Umbelino, professeur
à l’Université de São Paulo (USP) et spécialiste reconnu des
questions de réforme agraire.

Le MST, la principale référence sociale du continent

Dans une société dépolitisée depuis l’établissement de la dictature
(1964-1985), où la télévision cultive l’apathie des masses, le MST
tranche en disséminant une culture anti-hégémonique. Il monte
des centaines d’écoles itinérantes qui permettent à plus de 75.000
enfants des paysans sans terre d’être scolarisés. En 2005, il ouvre
sa première université, à une heure de São Paulo, à l’attention de
tous les Latino-Américains. Tous les matins, dans les 23 Etats (sur
26) dans lequel le mouvement est implanté, ses 450.000 membres
revendiqués entament une liturgie, la «mistica ». Comme à Eldorado
do Carajás, ils célèbrent les héros des luttes populaires ? Che
Guevara, Chico Mendes, et d’autres dont la renommée n’a pas dépassé
la ville d’origine ? à travers chants et mises en scène. Pour
le regard étranger, la cérémonie frise souvent le ridicule, mais elle
est perçue comme le ciment de l’identité.

Le MST est devenu la principale référence sociale du continent
sud-américain, à travers son bras international, Via Campesina.
Il envoie des volontaires d’Equateur à Haïti, et il est le principal
producteur de semences biologiques d’Amérique latine. «C’est

qu’avec le temps, le combat pour la terre s’est transformé en combat
contre l’agrobusiness », explique João Pedro Stedile.

En décidant de ne pas seulement tenir tête aux caciques locaux
mais également aux Cargill et autres Monsanto, le mouvement a
vu surgir d’autres ennemis. Au sein même du gouvernement Lula,
pour lequel le groupe a fait campagne en 2002 puis en 2006, plusieurs
ministres jugent la question de la réforme agraire «dépassée
». Les grands groupes agricoles ne sont-ils pas les principaux
exportateurs du pays ? «Malgré ses promesses, Lula a totalement
gelé la réforme agraire », dénonce Ariovaldo Umbelino. En 2007,
moins de 6000 familles ont bénéficié d’exploitations expropriées,
un chiffre ridicule à l’échelle des 60 millions d’hectares de surface
agricole du pays.

Un quart de siècle après sa naissance, le mouvement peine à définir
sa position politique. Déçus par Lula, ses principaux porte-
parole se refusent toutefois à passer de la critique au divorce. Ils
reconnaissent que, depuis que l’ex-métallurgiste est au pouvoir,
l’Etat fédéral a cessé de les traiter en délinquants susceptibles
d’être attaqués par la police ou poursuivis en justice ? plus de 600
procès ont été intentés au MST depuis 1984. La campagne dont
il fait l’objet dans l’Etat du Rio Grande, géré par le PSDB, principal
parti d’opposition ? de centre droit ? rappelle à ceux qui les
auraient oubliées les différences avec un passé pas si lointain. La
gouverneure, Yeda Crusius, n’a pas hésité à recourir aux lois de
la dictature pour poursuivre, au nom de la «sécurité intérieure »,
ses leaders locaux, et vient d’ordonner la fermeture des écoles du
mouvement, les déclarant «illégales ».

Le MST veut croire qu’il tiendra tête. «L’inflation du prix des aliments,
à la mi-2008, a démontré que la grande propriété agricole
n’était pas la solution de la souveraineté alimentaire », assure
João Pedro Stedile. Avec la crise mondiale, c’est, veut-il l’espérer,
tout le système économique qui doit être repensé.

11 août 2009

Brésil: 3.000 Sans Terre protestent

Trois mille paysans sans terre venus de tout le Brésil camperont à partir de lundi à Brasilia pour faire pression sur le gouvernement afin qu'il accélère la réforme agraire, a indiqué aujourd’hui une responsable du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST).

"Du 10 au 20 août, nous ferons des actions pacifiques, comme des grandes marches, pour que le gouvernement accélère la réforme agraire alors que 150.000 familles vivent encore dans des campements précaires", a déclaré la coordinatrice nationale du MST, Marina dos Santos, lors d'une conférence de presse à Rio.

A l’approche de l’élection présidentielle de 2010, le MST dénonce le modèle agricole en vigueur dans le pays. Selon Marina dos Santos, ce modèle "favorise l'agrobusiness", qui engendre de colossales exportations agricoles, "au détriment de l'agriculture familiale de production d'aliments sans pesticides".

Depuis sa création en 1984, MST a obtenu un lopin pour 370.000 familles dans ce pays champion des inégalités sociales.

20 juil. 2009

João Pedro Stedile (les «sans-terre»): «Lula ne veut pas affronter les grands propriétaires terriens»

13 Juillet 2009
Par Lamia Oualalou


Le chef du file du mouvement des paysans sans terre (MST) brésilien m’a accordé une interview pour témoigner du mécontentement des siens à l’encontre de la politique du président Luiz Inacio da Silva sur la question de la réforme agraire. João Pedro Stedile fait également l’autocritique des mouvements sociaux, qui peinent à trouver une position par rapport à un gouvernement qui leur reste malgré tout plus favorable que les précédents.

C’est un débat capital à l’approche de l’élection présidentielle (octobre 2010) à laquelle Lula ne peut se présenter. Au Brésil, la loi constitutionnelle n'autorise pas deux mandats consécutifs. Une interview à lire en complément du reportage que j’ai effectué dans l’Etat du Para, publié ce week-end par Mediapart (accès abonnés seulement) http://www.mediapart.fr/journal/international/070709/decus-par-lula-les-sans-terre-ne-lachent-rien

Quel bilan fait le MST de la réforme agraire au cours des mandats du président Lula? Y a-t-il une différence entre sa politique et celle de son prédécesseur Fernando Henrique Cardoso ?

Les comparaisons entre les deux gouvernements n’ont pas beaucoup de sens. Nous n'attendions rien du gouvernement de Fernando Henrique Cardoso. Nous savions que l'alliance de son parti PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne, centre-droit) et le PFL (aujourd'hui baptisé démocrate, héritier des partis de la dictature) avait pour objectif de mettre en œuvre les politiques néolibérales dans notre pays.

En revanche, le gouvernement Lula a été porteur d'une très forte espérance aux yeux des mouvements sociaux. Aussi, en optant pour la continuité en termes de politique économique, Lula a suscité la déception et la frustration au sein de ces mouvements. Il ne fait aucun doute que la réforme agraire est le parent pauvre du gouvernement Lula. Les résultats sont même inférieurs à l’époque de Cardoso. La première année de son mandat, Lula a créé une commission spéciale chargée d'élaborer un plan national pour la réforme agraire. Même ce plan a d’abord commencé à être retouché, puis complètement abandonné.

De cette façon, le gouvernement a donné le signe, politiquement, qu’il ne voulait pas affronter les grands propriétaires terriens, ni mettre en place la réforme agraire « d’un coup de crayon », comme Lula le promettait durant ses campagnes. Pire, le complexe agro-industriel, qui à nos yeux est incompatible avec une politique de réforme agraire et l’encouragement d’une agriculture familiale, a reçu un soutien politique et économique total du gouvernement.

Néanmoins, il faut reconnaître que gouvernement Lula a beaucoup plus investi dans les politiques publiques en faveur des familles installées dans le cadre de la réforme agraire. Je veux parler de l'énergie, des routes, et de l'assistance technique. Nous avons maintenu notre autonomie à l’égard du gouvernement, mais nous avons une meilleure relation politique qu’à l’époque de Cardoso, sans être criminalisés comme nous l’étions.

Combien de familles attendent encore dans les campements du MST ? Et combien ont bénéficié de la réforme agraire ?

Actuellement, on compte environ 120.000 familles dans nos campements, en l’attente de terre. La plupart sont dans le Sud et le Nordeste, et attendent depuis environ quatre ans dans ces conditions. Selon l'INCRA, quelques 900 000 familles ont bénéficié de la réforme agraire, en prenant en compte les familles qui s’inséraient dans les projets de colonisation de l'Amazonie et les programmes de la régularisation foncière. Sur ce total, 380 000 familles font partie de notre mouvement.

Le mandat de Fernando Henrique Cardoso a été marqué par une criminalisation des mouvements sociaux et en particulier des sans-terres. La situation a-t-elle changé sous Lula ?

De fait, le gouvernement Lula n’a jamais criminalisé les mouvements sociaux, mais cela ne veut pas dire que la situation s’est arrangée. Les agents de la répression se sont déplacés vers d'autres espaces. Jamais les médias n’ont été aussi violents à l’égard des mouvements sociaux qu’actuellement. Ils sont devenus les véritables porte-parole de la droite et des forces conservatrices de notre pays.

En criminalisant les mouvements sociaux dans leurs journaux ou à la télévision, ils justifient aux yeux de la société la violence à l’encontre des luttes sociales.

Une partie du pouvoir judiciaire, qui regrette les gouvernements antérieurs à celui de Lula, et dont le principal représentant est Gilmar Mendes, l’actuel président du Tribunal Suprême fédéral a pris le même parti. Enfin, la criminalisation des mouvements sociaux s’est étendue au sein de certains gouvernements d’Etats, tels celui de la gouverneure Yeda Crusius (PSDB), dans le Rio Grande do Sul. Avec leurs politiques répressives, et le soutien des médias, ils prétendent encourager la répression des mouvements sociaux au niveau national.

Surtout la criminalité et la violence contre les mouvements sociaux est le résultat d'une énorme inégalité sociale structurelle, politique et économique dans notre pays. Et de ce point de vue, Lula n’a pas fait avancer les choses. L’allocation sociale « Bolsa Familia » est importante et nécessaire pour atténuer les effets immédiats de la pauvreté. Mais elle est insuffisante pour faire face à la question de la concentration des revenus et des richesses dans les mains d'une infime minorité de la population. Le résultat est que, même avec « Bolsa Familia », la violence continue de croître dans tout le pays, à la campagne comme en ville.

Comment qualifiez-vous l’attitude du Tribunal Suprême électoral à l’encontre de votre mouvement ?

Historiquement, le pouvoir judiciaire a toujours été conservateur, aligné sur les intérêts contraires à la lutte pour la réforme agraire et fidèle aux élites brésiliennes qui, selon le sociologue Florestan Fernandes, sont antinationales, antidémocratique et antisociales. Mais cela n'empêche pas qu'il existait une partie de la magistrature qui s’identifient aux les aspirations des mouvements sociaux et à la défense des intérêts de notre pays.

Ce cadre n’a pas changé. La seule différence est que l'actuel président du Tribunal, utilisant l’importance de son poste, cherche à faire connaître ses positions très à droite pour occuper l’espace politiquement, ce qui est très choquant aux yeux de tous ceux qui soutiennent le système républicain.

L’allocation sociale « Bolsa Familia », vient d'être étendue aux familles des campements du MST – auparavant ils ne pouvaient en bénéficier faute d’adresse fixe. Quel est l’impact de cette mesure dans les campements ?

L’allocation « Bolsa Familia » est importante et nécessaire à ce moment. Grâce à cette politique sociale, les familles qui souffraient de la faim ont aujourd'hui assez à manger. La pauvreté, provoquée par une politique de l'élite brésilienne depuis 500 ans relègue notre pays à une condition de colonie des capitaux internationaux. Dans ce contexte, la politique d'assistance est extrêmement nécessaire.

Mais à moyen et long terme, nous ne pouvons pas nous contenter d'une politique d’assistance. Il faut mettre en place une politique économique qui favorise la distribution de la richesse produite et garantisse la souveraineté nationale de notre pays.

Ce n’est pas « Bolsa Família » qui est responsable de la réduction du nombre de familles dans les campements. Ce qui provoque leur découragement, c’est l’absence de décision politique sur la question de la réforme agraire, et de la priorité à l'agriculture familiale. Sans une politique claire et courageuse, la tendance des familles est de se contenter des politiques d’assistance ou d’abandonner la campagne pour venir grossir la cohorte de pauvres dans les banlieues des villes.

Comment qualifiez-vous l’actuelle politique économique du Brésil ?

Cette politique économique a des effets très nocifs pour notre nation, dans la mesure où le gouvernement Lula a simplement perpétué le modèle de Cardoso. Les bénéfices astronomiques des banques sont le symbole des erreurs de cette politique. L'hégémonie des politiques néolibérales - responsable de cette grave crise mondiale - a accentué la concentration de la richesse et par conséquent, l'inégalité sociale, en provoquant une destruction de l'environnement sans précédent.

Le Brésil a été frappé par la crise comme le reste du monde. Mais ici, du fait des gigantesques inégalités, les effets sont encore plus pervers. Cela se reflète au niveau du chômage, de la violence urbaine, du nombre croissant de sans-domicile fixe, et d’absence de perspectives pour la jeunesse. A la campagne, la subordination des intérêts de notre agriculture au modèle agro-industriel (dans lequel les décideurs sont les banques, les multinationales et les grands propriétaires terriens), contribue à dénationaliser notre agriculture. Cela a provoqué un appauvrissement des services publics d'assistance technique et de recherche, en introduisant une logique de production, basée uniquement sur la maximisation des profits, avec des effets désastreux pour l'environnement et la santé de la population.

Le modèle agro-industriel n'est pas viable en tant que modèle de production alimentaire et de la préservation de l'environnement. Nous avons besoin d'un autre modèle d'agriculture, basé sur la production familiale et écologique, avec comme priorité de récupération les terres dégradées et d’augmenter la valeur ajoutée sur le terrain pour générer une hausse des revenus à la campagne.

Estimez-vous que les grands propriétaires terriens aient gagné la bataille d’influence au sein du gouvernement ?

Les grands propriétaires qui forment le complexe de l'agro-industriel, liés au capital financier et aux multinationales constituent l'ennemi principal de la réforme agraire aujourd'hui. Et ils ont remporté d’importantes victoires, en bénéficiant de la connivence du gouvernement. La libération des semences transgéniques, le refus d’actualiser l'indice de la productivité agricole, les soutiens à la monoculture - notamment la plantation d'eucalyptus, de canne à sucre et de soja - sont autant d’exemples de ces victoires. Maintenant, ils veulent s’en prendre à l'Amazonie, comme en témoigne de dangereux changements dans le Code forestier adoptés à l’Assemblée.

Que pensez-vous de la politique de promotion des biocombustibles, que ce soit au Brésil ou en coopération avec d’autres pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique centrale ?

Le MST, tout comme les membres de Via Campesina au Brésil et de Via Campesina international, désapprouve cette politique. Les biocombustibles sont directement liés aux grands groupes du complexe agro-industriel et à la monoculture extensible. C’est un modèle qui n’est pas bon pour le Brésil et, par conséquent, ne convient pas non plus aux agriculteurs dans les pays où le gouvernement brésilien cherche à l’implanter.

Le problème central des pays de l'hémisphère sud est la faim. Ce que souhaitent les agriculteurs, c’est d’être en condition de produire de la nourriture en quantité et de qualité. C’est pourquoi non plaidons pour des politiques qui garantissent la souveraineté alimentaire de chaque pays. C'est-à-dire, le droit de chaque nation à produire ses aliments. Avant de nous rétorquer que c'est une idée simpliste et naïve, je vous rappelle que la crise alimentaire mondiale, qui a eu lieu il y a moins de deux ans et qui n’est pas encore résolue, est là pour démontrer la justesse de nos propositions.

Que pensez-vous de la politique du gouvernement sur la question de l’environnement ?

Là encore, la libération de la plantation de produits transgéniques, l'incitation à monoculture extensive, tout comme la loi qui vise à régulariser les occupations illégales de la terre dans la forêt amazonienne et la flexibilisation du code forestier, si elles sont approuvées, ont des conséquences désastreuses pour l'environnement. On en ressent déjà les effets dans notre pays, et dans l'ensemble de la planète. Cela, sans parler de l'impunité à l’égard des crimes contre l’environnement commis par les grands exploitants de bois, l’industrie de pâte à papier et les compagnies minières.

On vous rétorquera que les petits agriculteurs ne sont pas plus intéressés par la défense de l’environnement, certains contribuant même à la déforestation...

De façon générale, les petits propriétaires terriens sont, de façon naturelle, e, faveur de la préservation de l'environnement. Ils vivent dans leur propriété, ce qui est rarement le cas des grands propriétaires, ce qui en fait les principaux intéressés à prendre soin les sources d'eau, la qualité de l'eau des rivières et la forêt. Il est faut de penser qu’ils n’ont pas de conscience environnementale. C’est une image répandue dont l’objectif est de discréditer la lutte pour la réforme agraire aux yeux de la société, et de dissimuler les véritables responsables des crimes contre l'environnement, que sont le complexe agro-industriel, les entreprises de bois et l'exploitation minière.

La déforestation dans les petites propriétés est provoquée pour l'essentiel par un facteur économique. Face à la baisse de leurs revenus, la tendance des petits paysans est d'étendre la zone de production. L’autre cas de figure est quand cette petite propriété est incorporée au complexe agro-industriel, qu’il s’agisse d'élevage, de pâte à papier, ou de la canne à sucre pour produire de l'alcool. La position du MST est claire. Depuis l'origine de notre lutte, nous nous prononçons en faveur de la défense de l'environnement.Lorsque le gouvernement de la dictature militaire, au lieu de faire une réforme agraire, optait pour une politique de colonisation dans l'Amazonie, nous étions contre, et nous exigions que les sans-terres soient installés dans leurs Etats d'origine.

Aujourd'hui, quand le gouvernement décide d’exproprier une terre en faveur des sans-terres, le propriétaire lance une politique de la terre brûlée, en vendant tout le bois à des entreprises avant de remettre la terre aux petits paysans. Pour ces familles, le défi est de récupérer ces surfaces. Il y a aussi un travail d’éducation dans nos écoles à la préservation de l'environnement. Enfin, nous essayons de donner les conditions techniques aux familles pour qu’elles produisent de manière agro-écologique, en assurant la production d'aliments sains et respectueux de l'environnement.

Sept années après l’élection de Lula, quelle est la situation des mouvements sociaux ?

Il y a deux éléments de réponse. Tout d'abord, il faut prendre en compte la nature du gouvernement Lula. C'est une équipe au spectre large, qui va de la gauche au centre droit. De ce fait, le gouvernement a opté pour une politique de conciliation de classes, ce qui place les mouvements sociaux et populaires dans une situation très complexe. Nous pensions que la mobilisation populaire qui a fait de Lula le grand leader de la classe ouvrière allait, grâce aux victoires électorales de 2002 et de 2006 donner plus de forces aux mouvements sociaux, contribuant à une redistribution du revenu et un approfondissement de la démocratie dans notre pays.

Nous espérions également que la victoire électorale de Lula encouragerait les masses à investir la rue, donnant ainsi les conditions au gouvernement pour effectuer les changements revendiqué historiquement par la classe ouvrière. Cela ne s'est pas fait. Pire, la capacité d’améliorer la situation des plus pauvres s’est trouvée incarnée par la personne de Lula, et non pas dans le pouvoir des masses. Ensuite, nous devons faire notre autocritique. Une bonne partie des mouvements sociaux a confondu la nécessité de défendre le gouvernement contre les attaques de la droite avec la perte de l'autonomie de leur organisation. Plusieurs figures clefs ont abandonné le travail syndical et de mobilisation populaire pour se consacrer à l'activité parlementaire ou au sein du gouvernement. Cela nous a affaiblis d’un point de vue social et institutionnel.

Une autre partie des mouvements sociaux et syndicaux ont fait une autre lecture, selon nous, erronée. Celle de traiter le gouvernement actuel comme un ennemi de classe. Pour notre part, nous ne considérons pas que ce soit le cas, mais nous devons maintenir notre autonomie politique pour organisation la mobilisation populaire. C’est la seule façon d'obtenir la réalisation des revendications de la classe ouvrière. Actuellement, la gauche est donc divisée, et nous avons négligé le travail de base, tout comme la formation de cadres politiques en faveur des luttes sociales.

En 2006, le MST était déjà bien critique de la politique du gouvernement, mais il a soutenu la réélection de Lula. Qu’en sera-t-il en 2010 ? Allez-vous appuyer la campagne de sa candidate Dilma Roussef, ou prendre le risque que la droite gagne ?

Nous voulons échapper au piège du calendrier électoral. C’est une logique qui restreint la participation des personnes en politique aux périodes électorales. Nous revendiquons le droit à faire de la politique en dehors du calendrier électoral, ce qui va au-delà du choix de tel ou tel candidat.

C’est pour cela que nous sommes un mouvement qui organise le peuple en faveur de la réforme agraire, et que nous participons, avec d'autres organisations sociales, étudiantes, syndicales et religieuses, à la lutte pour construire un projet populaire de développement économique et de défense de la souveraineté nationale de notre pays.

Telle est notre tâche en ce moment. Perdre du temps à discuter des candidats pour une élection qui aura lieu dans quinze mois n’aide en rien notre lutte. Nous n’avons pas encore mis ce débat sur la table avec notre base sociale. Nous concentrons tous nos efforts pour relever les défis d'élever la conscience politique de la population brésilienne et construire l'unité des forces progressistes de notre pays.

11 janv. 2007

Joao Alfredo était à Toulouse

Par Julien Terrié

Joao Alfredo a été élu député fédéral en 2002 pour le PT, après avoir tenter de résister à la politique de lula à l'assemblée il a décidé de rejoindre le Psol d'Heloisa Helena et aussi de rejoindre la IV° internationale, c'est pour cette raison qu'il était de passage en europe, il a aussi présenté son livre issu de son rapport parlementaire sur la réforme agraire depuis Lula.

Nous lui avons demandé de faire un petit détour à Toulouse dans son périple, ce qu'il a accepté et nous avons organisé une réunion publique le 24 octobre 2006.

Après le film Descobrimos as raizes, sur le Mouvement des Sans Terre (MST), Joao a développé les grandes contradictions du gouvernement Lula.

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Réforme agraire: Un rapport qui criminalise la lutte pour la terre

Igor Ojeda *

La réforme agraire, placée sous la responsabilité du ministre de la «gauche du Parti des travailleurs», membre du courant Démocratie socialiste (DS), Miguel Rossetto, est un échec. Pire, la vigueur avec laquelle, devant la stagnation d'une des réformes les plus importantes promise par le gouvernement Lula, les grands propriétaires fonciers font montre, selon leur tradition, d'une brutalité accrue et trouvent des appuis importants.

La politique agricole du Brésil – comme nous l'avions indiqué dès la mise en place du gouvernement Lula – est aux mains du riche et puissant secteur de l'agro-exportation. C'est lui qui dicte la ligne.

Cet article reflète l'avancée – sous un gouvernement qui a multiplié en 2002 les promesses aux paysans pauvres et aux sans-terre – de la criminalisation des actions élémentaires de survie engagées par les organisations paysannes. Réd.

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1 janv. 2007

Intervention de Lucia Marina dos Santos lors de "Brésil en mouvements"

Extraits vidéos de l’intervention de la représentante du MST au cours du débat "Alternatives" du 10 juillet 2005.

1 déc. 2006

Revue de presse sur la question agraire au Brésil