"L'Education change l'Homme, l'Homme change le Monde..." Paulo Freire
mouvement sans terre
20 juin 2008
Paraguay: "L'Evêque des pauvres" met fin à 60 ans de domination du Parti Colorado.
Le coup d'état de 1989 qui renversa le dictateur Alfredo Stroessner n'a pas beaucoup changé le visage de la politique paraguayenne. Le dictateur, qui gouvernait le pays depuis 1954, s'est appuyé sur le même parti, le parti Colorado, pour gouverner le pays jusqu'à dimanche par des méthodes de clientélisme, de corruption et avec une forte répression. Seulement le 29 mars 2006, l'histoire de ce pays vacille : plus de 40 000 personnes descendent dans la rue de la capitale, Asunción, et créent le mouvement Resistencia Ciudadana pour éviter que le président Duarte Frutos puisse se représenter à un second mandat, interdit par la Constitution.
Un des porte-parole de ce mouvement est l'évêque de San Pedro, une zone très pauvre où les paysans luttent depuis longtemps contre les propriétaires terriens. Fernando Lugo apparaît comme le seul personnage public pouvant faire trembler le parti Colorado qui contrôle tous les ressorts du pouvoir : bureaucratie d'état, mafia, armée, et grand patronat. Le 17 décembre 2006, pendant une réunion du mouvement Tekojoja , on remet à Fernando Lugo 100.000 signatures de pétitions demandant à ce qu'il renonce à son ministère sacerdotal et puisse ainsi se présenter aux élections de 2008.
Le 22 décembre, il accepte ce "mandat populaire" et envoi sa démission au Vatican. Mais Benoît XVI se souvient avoir croisé le nom de Lugo dans sa chasse aux ecclésiastiques de la théologie de la Libération alors qu'il n'était encore que Ratzinger : il décide de le radier in divinis pensant que n'étant pas démissionnaire, le droit constitutionnel invaliderait sa candidature . Il n'en fût rien, l'article 42 de la constitution indique qu'un individu ayant la volonté de démissionner ne peut plus être considéré comme partie prenante de son groupe. Les voies constitutionnelles...
Un pays totalement délabré
Lugo arrive à la tête d'un pays dévasté. Sur 6 millions d'habitants, 63% sont pauvres. 4,5 millions (80%) n'ont pas accès aux soins de santé élémentaires. 600.000 paysans sans terre errent dans le pays. 100 000 Paraguayens émigrent de la campagne vers la ville chaque année ou quittent le pays pour l'Espagne ou l'Argentine : les envois de fonds des migrants représentent désormais la seconde rentrée financière du pays, dépassée seulement par les exportations de soja.
En 2006, les producteurs de soja ont exporté l'équivalent de 450 millions de dollars et les éleveurs quelques 430 millions. Ils paient des impôts misérables : 3% pour les éleveurs et 1,8% pour les producteurs de soja. Lugo propose un vaste programme de réforme agraire, et pour le mettre en oeuvre, il est entouré de cadres du Mouvement des Sans Terre brésilien. Ceci suffira-t-il pour permettre l'émergence au premier plan d'un fort mouvement paysan ? C'est un des enjeux de ce mandat.
Sur le plan énergétique, il existe un vieil accord entre le Paraguay et l'Argentine mais surtout, le Brésil possède Itaipu, un immense barrage hydroélectrique sur le fleuve Paranà. Cet accord ficelé par Stroessner n'a rapporté que 250 millions de dollars en 2006 et 307 millions en 2007, alors que le prix du marché donnerait une bouffée d'oxygène de 2 milliards de dollars dans les caisses de l'état, une "bénédiction" pour les projets du nouveau pouvoir.
Une alliance politique fragile mais mobilisée
Quand on l'interroge sur ses alliances en Amérique Latine, Lugo répond habilement qu'il admire tous les dirigeants de gauche latinos, mais que le Paraguay doit mettre en place son propre processus. L'alliance électorale mise en place est très large et demande à y voir de plus près.
Pour porter sa candidature, deux forces politiques se sont constituées. D'un côté le Bloque Social y Popular, composé des 5 centrales syndicales : un secteur du mouvement paysan, la démocratie chrétienne, le Parti révolutionnaire fébrériste et le Parti des travailleurs, et le mouvement Tekojoja. De l'autre, une concertation "pays possible" constituée d’ex du parti Colorado et d’élus qui a permis à Lugo d'obtenir des financements et des appuis parlementaires. Beaucoup de problèmes ont été réglés pendant la campagne même si subsistent des contradictions politiques, notamment sur les rythmes et les alliances internationales qui pourront handicaper un processus qui aura fort à faire contre un parti Colorado divisé, certes, mais tenant encore tout le champ administratif (200 000 fonctionnaires, dont 95% font partie du parti Colorado), économique et surtout mafieux.
Le souffle des mobilisations contre le parti Colorado et contre les privatisations en 2007 n'est pourtant pas tombé, ce qui donne une base combative au processus, qui sans nul doute est une excellente nouvelle pour les paraguayens et tous les peuples d'Amérique Latine.
Julien Terrié
3 avr. 2008
Les luttes alternatives débarquent à Friture
Un festival de cinéma d’Amérique Latine sans aborder les mouvements sociaux et les alternatives du coin du monde le plus en ébullition … ça n’existe pas, ça n’existe pas. Jeudi soir à 21 H, dans les locaux de Friture, avant-dernier volet d’Ecran Libre avec un zoom sur les luttes alternatives. Des alternatives locales que relaie Friture aux alternatives d’Amérique du Sud, il y a tout de même un océan, eu égard à l’ampleur des luttes qui s’enracinent sur l’autre continent.
_ Ce soir donc, Ecran Libre propose un travelling engagé à travers le Brésil, l’inévitable Venezuela, le Chili et le Guatemala. L’invité de cette quatrième thématique, Julien Terrié, que certains Toulousains, suivant l’actualité politique à gauche de la gauche, pour ne pas citer de parti, doivent connaître. Julien s’intéresse depuis quelques années au Mouvement des paysans Sans-Terre au Brésil (MST). Il a notamment suivi en 2005 le forum social de Porto Alegre et la construction de l’université du Mouvement des sans-terre à Sao Paulo. Il en a tiré le documentaire « Descobrimos as Raizes, La mistica du Mouvement des Sans Terre brésilien ».
Quelques chiffres avant tout pour comprendre la situation brésilienne et l’ampleur du mouvement : 1% des propriétaires terriens possèdent 44 % des terres cultivables ; plus de 4 millions de familles sont sans terre ; 1, 5 millions de paysans ont rejoint le mouvement et ont conquis 20 millions d’hectares.
Depuis 1979, date de la première occupation de terre, le mouvement est devenu le plus gros mouvement social d’Amérique Latine. Non sans heurts et autres drames comme celui d’Eldorado Dos Carajas du 17 avril 1996 où dix-neuf personnes furent massacrées. Cette date est d’ailleurs devenue la journée internationale paysanne, véritable journée mondiale anti-OGM.
« J’ai voulu montrer dans ce documentaire, explique Julien Terrié, comment ce mouvement arrive à impliquer des exclus analphabètes dans le champ politique. Ce mouvement social est un prodige ». Lula, dont le Mouvement des Sans-Terre a facilité la réélection en 2006, n’a pas forcément joué le rôle que certains pourraient croire. « Le budget de la réforme agraire a baissé de moitié, précise Julien, Lula a choisi de privilégier l’agrobusiness. Il a renié ses promesses de campagne ».
Ces dernières années, dans d’autres pays comme en Bolivie ou en Equateur, une gauche plus radicale est arrivée au pouvoir. Est ce le début de débouchés politiques pour les mouvements sociaux ? Rappelons qu’hormis la Colombie, l’Amérique Latine gouverne à gauche. Mais il y a gauche libérale et gauche antilibérale. Quoi qu’il en soit, force est de constater que depuis l’effritement des dictatures et depuis que les Etats-Unis lorgnent plus sur le Moyen-Orient, les luttes alternatives bouillonnent en Amérique Latine et qu’ailleurs les bombes explosent.
Emmanuel Scheffer
Le programme de la soirée :
Découvrir nos racines, Julien Terrié, 26 min, France (VOSTF)
Proposition pour une télé libre, Thierry Deronne, Venezuela
Que en paz NO descanses//Action de quartier de La Victoria, Chili, Senal 3
Sipakapa no se vende, et autres...Guatemala
De mi corazon, Julio Hernadez, 12 min, Guatemala (VOSTA)
21 mars 2008
Rencontre et Cinémas d'Amérique Latine Toulouse
Le film "descobrimos as raizes" passera dans le cadre d'"écran libre" au festival Rencontres et Cinémas d'Amérique Latine à Toulouse le Jeudi 03 Avril - 21h - au local de Friture (22, place des salins)Voici le programme:
Jeudi 3 avril // Luttes alternatives - invité : Julien Terrié
- Descubrimos as raizes, Julien Terrié, 26 min, France (VOSTF)
- Programme TV Bruits
- De mi corazon, Julio Hernadez, 12 min, Guatemala (VOSTA)
10 mars 2008
"Descubrimos as raizes" passera au Festival Colores Latino de Lille
www.colores-latino.com
89, rue d'Artois
59000 Lille
tel: 03 20 53 58 36 - 06 24 01 13 40
24 févr. 2008
Deux modèles opposés pour le fleuve San Francisco
Le jeûne d’un évêque du Nordeste [1], de l’État de Bahia, cherche à attirer l’attention sur un des chantiers qui auront les plus grands impacts environnementaux et sociaux dans le Brésil de Lula.
« Pour l’amour du fleuve, pour l’amour du peuple riverain du San Francisco et du peuple du Nordeste », dit l’évêque de Barra âgé de 61 ans, Luiz Flavio Cappio. « Je suis en train de faire ce jeûne ». « Ce que Monseigneur Cappio revendique est simple et démocratique - dit Frei Betto [2], qui a fait partie du gouvernement de Lula da Silva -, que le gouvernement débatte de ce projet avec la société, surtout avec les riverains du fleuve San Francisco ».
Leonardo Boff [3], quant à lui, est à la tête d’un manifeste dans lequel il signale : « Nous rejetons l’actuel projet du gouvernement fédéral de dérivation du fleuve San Francisco » car « il n’est pas démocratique, puisqu’il ne démocratise pas l’accès à l’eau pour les personnes qui ont soif dans la région semi-aride ».
Le président Lula affirme que les travaux apporteront de l’eau à 12 millions de pauvres et qu’« entre l’évêque et les pauvres, je suis du côté des pauvres ». Son ministre de l’Intégration nationale, Geddel Vieira, accuse l’évêque d’être « l’ennemi numéro un de la démocratie ». C’est la première fois que les mouvements sociaux et d’éminents intellectuels se heurtent frontalement à Lula, sur un sujet qui ne permet pas deux lectures.
Le 27 novembre, l’évêque de Barra, dans l’État de Bahia, débutait sa deuxième grève de la faim contre le détournement du fleuve San Francisco. La première, il l’avait faite pendant 11 jours en 2005, pour les mêmes raisons mais il avait décidé d’y mettre un terme suite à l’engagement du gouvernement de Lula d’interrompre les travaux et d’ouvrir un débat avec la société. Une fois Lula réélu, fin 2006, la mise en œuvre du projet se poursuivit, toujours sans débat national.
Le jeûne de l’évêque a mobilisé la société civile. Cinq mille eprsonnes ont manifesté, à l’appel de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) et du Mouvement Sans Terre (MST), jusqu’à la localité de Sobradinho, sur les bords du fleuve où Cappio réalisa son jeûne. Les démonstrations de solidarité sont venues de tout le Brésil : étudiants, paysans, affectés par des barrages hydroélectriques, étudiants, féministes, syndicalistes, religieux et religieuses.
Le 11 décembre, le Tribunal régional fédéral de la 1ère Région a accepté une requête du ‘Conseil régional de recours hydriques’ et a ordonné de paralyser les travaux débutés en juillet par l’armée. Ce jour-là, la Conférence nationale des évêques se réunissait avec Lula. Face au manque de réponse favorable, le 14, elle a publié un communiqué d’appui au jeûne et à la prière de l’évêque.
Le 20 décembre, l’évêque a mis fin à son jeûne. Selon l’agence Adital, l’évêque Cappio est arrivé à la messe en chaise roulante et il a lu une lettre expliquant sa décision : « Après ces 24 jours, je termine mon jeûne, mais pas ma lutte qui est aussi la vôtre, qui est la nôtre. Nous avons besoin d’élargir le débat, de diffuser la véritable information, de faire croître notre mobilisation. Jusqu’à faire échouer ce projet de mort et conquérir le vrai développement pour la région semi-aride et le São Francisco ».
Le fleuve de « l’intégration nationale »
Le 26 septembre 2005, date de l’anniversaire du San Francisco, l’évêque Cappio – appartenant à l’ordre des Franciscains – commençait sa première grève de la faim ; il n’ingérait que de l’eau et une hostie par jour dans la chapelle de Cabrobó, dans l’État de Pernambuco. Ce n’était pas sa première action en faveur du fleuve. Le 4 octobre 1992, pour alerter les riverains des symptômes de mort du fleuve, le religieux avait entamé un pèlerinage de six mille kilomètres de l’origine à l’embouchure, qui lui avait pris un an et qui a été retranscrit dans le livre « El Rio San Francisco. Una caminata entre la vida y la muerte » (« Le Fleuve San Francisco. Une longue promenade entre la vie et la mort ») [4].
Le fleuve naît dans l’État de Minas Gerais (d’où il tire 75% de son débit), voisin des États de São Paulo et de Río de Janeiro, il traverse le Planalto et pénètre dans Bahia, en plein Nordeste, pour déboucher, après avoir parcouru 2 800 kilomètres, dans l’océan Atlantique, entre les États de Alagoas et de Sergipe. Il fut baptisé en 1501 par Amérigo Vespucci. En 1994, lors de la ‘Caravane pour la citoyenneté’ le long du fleuve San Francisco réalisée par Lula, le père Luiz Cappio fut présenté par son professeur de théologie, Leonardo Boff, à celui qui était alors candidat à la présidence.
Il s’agit d’un fleuve emblématique. Il fut baptisé comme « fleuve de l’intégration nationale » car il traverse plusieurs régions, unit des États distants tels que les riches du sud-est et les plus pauvres du nord, et il traverse des zones de différentes cultures : des régions industrielles, à la population majoritairement blanche et de classe moyenne, aux zones indigènes, afrobrésiliennes (quilombolas [5]) et paysannes.
L’objectif du détournement des eaux du fleuve San Francisco, qui seraient transvasées vers d’autres bassins, est celui d’apporter de l’eau dans une zone semi-aride comme celle du Nordeste, où la population souffre de pénurie pendant la période de sécheresse. Selon Lula, les travaux bénéficieront à quelques 12 millions de personnes de 391 municipalités dans quatre États (Pernambuco, Paraiba, Río Grande do Norte et Ceará).
Les critiques, y compris celles de plusieurs institutions officielles, affirment que les travaux sont trop chers : environ 3 milliards de dollars. Des travaux de cette envergure attirent « le commerce de l’eau », c’est-à-dire les entreprises qui construisent et investissent dans le secteur. L’Agence nationale des eaux, un organisme officiel, prétend qu’il existe des alternatives pour fournir en eau la population de la région sèche. Sur la base de ses propres études, elle suggère la réalisation de 530 petits et moyens chantiers qui peuvent approvisionner 1 356 municipalités de neuf États et 34 millions de personnes, avec un coût de seulement 3,6 milliards de réales contre les 6,6 milliards que demande le détournement.
Thomaz da Mata Machado, président du Comité du Bassin du fleuve San Francisco, affirme que le projet de détournement ne résoudra pas le problème de la sécheresse dans le Nordeste, comme l’affirme Lula. Au contraire, « elle concentre l’eau où il y en a déjà », au barrage de Castanhao, dans l’état de Ceará, où arrivera 85% des eaux transvasées. « On ne résout pas le problème en concentrant l’eau mais en la distribuant. Le projet n’apporte pas d’eau à la population dispersée ni aux petites villes. La transposition est un projet de l’élite du Ceará pour le développement économique ». [6]
Mais l’accusation la plus grave est que le projet « prétend utiliser de l’argent public pour favoriser les entreprises sous contrat, le commerce de l’agriculture, pour privatiser et concentrer dans les mains de certains – toujours les mêmes - les eaux du Nordeste, des grands réservoirs, additionnées à celles du fleuve San Francisco. » [7] Ces critiques affirment que 71% des eaux qui seront transvasées passeront loin des zones qui en ont le plus besoin, et que 87% de ces eaux seront destinées aux activités économiques hautement consommatrices en eau : culture d’arbres fruitiers par irrigation, élevage de crevettes et sidérurgie, toutes destinées à l’exportation.
De plus, des millions de pauvres qui vivent sur la rive du fleuve et qui survivent de la pêche et de l’agriculture familiale, seront lésés. En réalité, ils le sont déjà, car le fleuve San Francisco a été fragilisé par des travaux et des barrages comme celui de Sobradinho, très proche du lieu où l’évêque Cappio a réalisé son second jeûne. Les habitants demandent la revitalisation du fleuve, ce qui va à l’encontre du transvasement de ses eaux.
Mouvements, Église et gouvernement
« Ecoutez président, j’ai lutté ma vie entière pour vous voir assis là. Mais, malheureusement, après que Monsieur soit arrivé au pouvoir, il s’est transformé en otage des grands groupes économiques du Brésil et de l’étranger. Aujourd’hui, il est otage du capital. Il rejette ses origines. Il rejette le peuple qui l’a élu pour être le président des pauvres de ce pays », a affirmé Cappio à Lula lorsqu’il lui rendit visite à Brasilia il y a deux ans. [8]
Le ministre de Lula, Geddel Vieira, du Parti du Mouvement Démocratique (PMDB), a accusé l’évêque de « fondamentalisme » [9]. Il a dit qu’il refuse le dialogue, qu’une démocratie ne doit pas se plier devant le chantage d’un individu et qu’« ignorer les institutions, dans une démocratie, est un pêché mortel ». Il va plus loin : il l’accuse de faire du « terrorisme symbolique ». Une bonne partie de l’opinion publique et des intellectuels brésiliens soutiennent cette accusation [10].
Ceux qui soutiennent Cappio ne sont pas restés en marge. Le MST a lancé des mobilisations dans tout le pays, tout comme la Vía Campesina, la CPT et d’autres mouvements. La Commission nationale des évêques, l’autorité suprême de l’Église catholique, a publié un communiqué le 14 décembre : « Nous invitons les communautés chrétiennes et les personnes de bonne volonté à s’unir par le jeûne et la prière à don Luiz Cappio, pour sa vie, sa santé et par solidarité avec la cause qu’il défend » [11]. La lettre de la Conférence est arrivée à un moment opportun, lorsque le Vatican et les secteurs conservateurs de l’Église faisaient pression sur Cappio pour qu’il mette fin à son jeûne.
L’Église catholique a joué un rôle très important dans la résistance à la dictature militaire installée en 1964, et elle continue à défendre des causes progressistes aux côtés des mouvements sociaux. La Conférence a déclaré qu’un « gouvernement démocratique » doit accepter la décision judiciaire d’interrompre les travaux et a conclu : « Don Luiz Cappio met en lumière le choc entre deux modèles opposés de développement : d’un côté, le modèle participatif et défendable, qui valorise l’agriculture familiale et la préservation de la nature ; de l’autre, celui qui privilégie le commerce de l’agriculture et de l’eau, avec de sérieux préjudices environnementaux et sociaux, car il exploite le peuple et détruit les fleuves et les forêts. »
Boff rappelle à Lula que la manière dont ont été décidés les travaux est « arbitraire et autoritaire ». Le Congrès n’a pas été consulté comme le prévoit la Constitution et il existe 14 plaintes judiciaires qui démontrent des illégalités et des irrégularités encore non jugées par le Tribunal suprême fédéral. « Mais le gouvernement – dit Boff – a déployé l’armée pour débuter les travaux, abusant du rôle des forces armées, en militarisant la région ». Il termine sa lettre - manifeste en disant que l’alternative de Lula est fausse : « La véritable alternative est : entre les pauvres et le commerce de l’eau, nous sommes du côté des pauvres ».
Betto s’interroge : « Qui a vu un gouvernement faire un chantier de taille en faveur des pauvres ? ». Il se souvient que dans le Programme « Faim Zéro » [12] – auquel Betto participa – la construction d’un million de citernes était prévue pour capter les eaux de pluie dans le Nordeste mais seules 216 mille ont été construites. Il se souvient que le Parti des Travailleurs (PT), lorsqu’il était dans l’opposition, avait exprimé son désaccord avec le projet, mais lorsqu’il arriva au gouvernement il changea d’opinion. « Il changea pour se déguiser en parti des pauvres et de l’éthique. Il changea pour ressembler davantage à ses adversaires politiques » [13].
Les erreurs du gouvernement – la plus grave fut l’article du ministre Geddel Vieira, et l’intransigeance de Lula lorsque les évêques lui rendirent visite – ont modifié la situation. La lettre des évêques a constitué un tournant puisque le gouvernement n’est pas parvenu à isoler Cappio. Immédiatement, des « jeûnes solidaires » ont commencé dans les lieux les plus divers du pays. L’évêque est disposé à arriver jusqu’au bout. « Celui qui part pour la guerre est préparé pour lutter. Je suis préparé », a-t-il dit.
Lula n’avait jamais affronté une telle situation. Il peut faire quelque mauvais tours qui lui permettent de gagner cette bataille. Mais à long terme, il semble avoir perdu car, comme dit l’évêque Tomás Balduino, dirigeant de la CPT, « Lula a réalisé l’exploit historique de diviser la société brésilienne ». De cette division naît « une très belle union, qui grandit petit à petit comme une boule de neige à partir des rives du San Francisco. Il s’agit de la population pauvre et croyante qui se dirige, empressée, vers la chapelle de San Francisco pour recevoir la bénédiction de frère Luiz Cappio » [14].
Balduino croit, et il ne lui manque pas de raisons pour cela, que de la religiosité des plus pauvres, héritiers d’Antonio Conselheiro [15], « est en train de surgir une nouvelle conscience par l’intermédiaire des discussions, des promenades, des célébrations publiques et des pèlerinages autour du sanctuaire » où Cappio a fait son jeûne.
[1] [NDLR] Couvrant 1 million de km² et représentant 12% du territoire national brésilien, la région du Nordeste comprend huit États et compte une population de trente millions d’habitants. Aujourd’hui, le Nordeste est souvent synonyme de pauvreté et de malnutrition.
[2] [NDLR] Frère dominicain brésilien, théologue de libération,a été récemment conseiller spécial du président Lula et coordinateur de la mobilisation sociale dans le cadre du programme Faim zéro.
[3] [NDLR] Théologien et écrivain brésilien.
[4] Brasil de Fato, p. 4.
[5] Au Brésil on appelle quilombolas les descendants d’esclaves noirs qui pour se libérer ont fui et se sont réfugiés dans des quilombos ou des républiques de noirs libres. La plus célèbre et la plus connue fut Palmares (1630-1695) qui eut avec Zumbí son leader le plus célèbre.
[6] Folha de Sao Paulo, 15 décembre 2007.
[7] Leonardo Boff, ob. cit.
[8] Fabia Lopes, ob. cit.
[9] Geddel Vieira Lima ob. cit.
[10] On peut le vérifier sur une page web de gauche comme Carta Maior : www.agenciacartamaior.com.br.
[11] Folha de São Paulo, 14 décembre 2007.
[12] [NDLR] Lors de son élection à la présidence du Brésil, M. Luis Inácio Lula da Silva a annoncé que son gouvernement accorderait la priorité absolue à l’éradication de la faim par la mise en œuvre du programme « Faim zéro », un projet intégré ciblé sur les ménages les plus vulnérables..
[13] Frei Betto, ob. cit.
[14] Tomás Balduino, ob. cit.
[15] A la fin du XIXème siècle dans le sertao de Bahia fut déclenchée une des plus sanglantes rebellions populaires de l’histoire du Brésil, appelée Guerre de Canudos. Le prédicateur Antonio Conselheiro arriva à Canudos en annonçant des changements et réveilla la colère des autorités politiques et religieuses. Il construisit une communauté avec 30 mille pauvres en guenilles qui résistèrent à l’armée. En 1897 les militaires incendièrent Canudos, tuèrent toute la population et égorgèrent les prisonniers.
RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine
URL: http://risal.collectifs.net/
Source : IRC Programa de las Américas (http://americas.irc-online.org/), 17 décembre 2007.
Traduction : Stéphanie Tribondeau, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net).
16 janv. 2008
Brésil: Lula a étranglé la réforme agraire

«Colonie» de paysans
en attente d'une terre
par Bernardo Gutiérrez
Photo: blogueisso.com
La réforme agraire, qui constitue l’une des grandes promesses électorales du président Lula, est paralysée. Ou presque. Quant au soja, il avance. Les exportations des multinationales de l’agrobusiness ne cessent d’augmenter. La surface des terres consacrées à la canne à sucre croît à un rythme de 125% par année. Mais pour les petits paysans des campagnes, la situation empire et 2007 a été une année noire pour la réforme agraire.
L’année 2007 est la pire depuis que Lula est arrivé au pouvoir. Le nombre d’expropriations de terres est tombé de 62% par rapport à 2006, selon l’Annuaire Officiel (publié par le Gouvernement lui-même). Le nombre d’hectares que le Gouvernement Lula a mis en 2007 à la disposition de paysans sans terre est de 204’500 hectares. Le chiffre est non seulement inférieur à la moyenne annuelle du premier mandat de Lula (682’500), mais il est même rachitique par rapport aux 465’700 hectares expropriés par le président Fernando Henrique Cardoso (1995-2002) au cours des trois dernières années de son mandat.
Les terres expropriées [mais payées aux grands propriétaires sous forme d’obligations] ont à peine servi à installer 67’000 familles, alors que l’objectif révisé à la baisse était de 100’000. Depuis que Lula est arrivé au pouvoir, le nombre de familles installées dans des campements précaires est passé de 60.000 à 230.813 (selon des données de janvier 2007). Il y a plus d’un million de personnes qui attendent le lopin de terre promis.
Tout cela fait l’effet d’une douche froide sur les mouvements sociaux. « L’heure est venue pour qu’enfin Lula honore les promesses électorales qu’il a faites en 2002. Donner la priorité à l’agriculture familiale et à la réforme agraire. S’il ne le fait pas, les problèmes sociaux ne feront qu’augmenter », a déclaré à la Folha de São Paulo João Pedro Stedile, coordinateur général du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST).
Le Forum National de la Réforme Agraire, formé par plus de quarante associations paysannes, critique également le système des colonies. « Les familles continuent à camper de façon précaire. On leur donne les titres de propriété, mais on ne leur donne pas la terre », affirme Isidore Revers, coordinateur de la Commission Pastorale de la Terre (CPT). Le Forum dénonce le fait que le Gouvernement se limite à légaliser des colonies qui existent déjà. Et qu’il donne des terres en Amazonie sans donner aucun moyen permettant de vivre sur et de ces terres.
Et comme si ce tableau n’était pas assez sombre, un fait vient d’être révélé au grand jour : Lula utilise des indices de productivité datant de 1975. Cela signifie que l’on devrait en réalité exproprier beaucoup plus de terres et que c’est par cet artifice qu’il y a peu de terres disponibles et que les propriétaires terriens finissent par toucher des indemnisations faramineuses. Le Ministre du Développement Agricole lui-même, Guilherme Cassel, assure que les expropriations seront rendues plus difficiles si Lula n’actualise pas les indices de productivité [les indices utilisés pour justifier légalement une expropriation sont abaissés par rapport à la situation présente, entre autres en faisant appel à des indices datant de 1975].
« Nous sommes en train d’acheter plus de terres anciennes [cultivées] et cela fait monter les prix», affirme Guilherme Cassel. Si l’on applique à la lettre l’article 187 de la Constitution brésilienne, le Gouvernement pourrait exproprier directement et sans aucun dédommagement les terres dites « improductives ».
(Traduction A l’encontre, 14 janvier 2006)
Bernardo Gutiérrez: Journaliste originaire de l’Etat espagnol et établi au Brésil.
17 déc. 2007
L'avocat des Sans Terre menacé de mort
Le frère Henri de Rosiers, avocat et défenseur des droits humains connu sous le nom de « Frei Henri », court un grand danger. D’après l’organisation non gouvernementale Comissão Pastoral da Terra (CPT, Commission pastorale de la terre), la police militaire de Xinguara, dans le sud de l’État du Pará, a indiqué que trois hommes avaient été engagés pour tuer Frei Henri, en échange d’une somme estimée à 50 000 réals brésiliens (environ 20 000 euros) en octobre 2007.Frei Henri est protégé par la police militaire vingt-quatre heures sur vingt-quatre depuis l’assassinat, en février 2005, de Sœur Dorothy Stang, une militante écologiste qui avait été la cible de multiples menaces de mort. Cependant, les autorités n’ont manifestement pas tenté d’enquêter sur les dernières menaces de mort formulées contre lui ; elles n’ont pas non plus pris d’initiatives sérieuses en vue de faire la lumière sur les précédentes menaces ou sur cette « liste noire », pas plus qu’elles n’ont essayé de désarmer les milices locales.
Frei Henri travaille depuis de nombreuses années en tant qu’avocat de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) à Xinguara. Cette organisation défend les militants du droit à la terre, les ouvriers agricoles et les sans-terre, dans un État tristement célèbre pour la violence et l’impunité qui y règnent.
Le sud de l’État du Pará est en effet l’une des régions les plus violentes du Brésil. D’après la Commission pastorale de la terre, 814 personnes y ont été assassinées entre 1971 et 2006 dans le contexte de conflits fonciers. En 2006, selon les mêmes sources, 118 militants du droit à la terre ont été menacés de mort.
Selon des informations émanant de la Commission fédérale des droits humains, des entreprises de sécurité opérant comme de véritables milices armées offrent des récompenses spécifiques pour l’élimination de personnes jouant un rôle actif dans la défense des droits humains et des droits fonciers. Sœur Dorothy Stang a ainsi été tuée, en 2005, par des tueurs à gages à la solde de propriétaires terriens locaux. Si cette affaire a reçu l’attention de la communauté internationale et conduit à l’ouverture de poursuites, des centaines d’autres homicides n’ont toujours pas fait l’objet d’enquêtes. D’après la Commission pastorale de la terre, sur les 814 homicides perpétrés entre 1971 et 2006, 568 demeurent non élucidés. Pour 92 affaires criminelles, une seule personne a été emprisonnée.
11 déc. 2007
3 déc. 2007
Au Brésil, Syngenta TUE !
salle Castelbou, à proximité de la Place Arnaud Bernard, 22, rue Léonce Castelbou à Toulouse,
Métro Compans Caffarelli.

Le collectif ANTI OGM 31 appelle a un rassemblement dans le cadre de la journée des Droits de L'Homme.
Lundi 10 décembre 2007 à 15h00
devant le siège de à Saint Sauveur
(25 km au nord de Toulouse)
Syngenta Seeds
12, chemin de L'Hobit 31790
Saint Sauveur
Une gerbe sera déposée en mémoire de Valmir et une minute de silence sera observée pour les paysannes et les paysans assassinés dans le monde pour s'être mobilisés contre les multinationales.
Cette cérémonie sera l'occasion de rappeler la forte mobilisation en France, en Europe et dans le monde, contre les OGM de Syngenta qui sont refusés aussi bien par les paysans que par les consommateurs. Les militants présents dénonceront les violations inqualifiables contre les droits de l'Homme perpétrés par des hommes à la solde de Syngenta.
Un covoiturage sera organisé au départ de Toulouse. Rendez vousà la Station de métro « Arènes » le lundi 10/12/2007 à 14h30.
« Paysans Sans Terre»
de Julien Farrugia avec des membres des Amis du MST de Toulouse.
Au Brésil, 1% des propriétaires détiennent 45% des terres cultivables : le mouvement des travailleurs sans terre exige que le gouvernement exproprie les parcelles non cultivées. Ce film est un excellent témoignage des acteurs de la lutte pour la terre au Brésil, c'est à dire les Sans Terre eux même, organisés dans l'impressionnant Mouvement des Sans Terre (MST) Brésilien qui résiste depuis 20 ans à la répression des grands propriétaires et des multinationales. Petit arrêt sur la campagne brésilienne où les invisibles deviennent visibles et sèment l'espoir.
Une collecte sera organisée pour soutenir les orphelins et la veuve de Valmir
Collectif Anti OGM 31 Contacts :
(Marina 06 24 66 86 00) (Michel Metz 06 19 79 53 69) (Jacques Dandelot 06 30 50 56 63) (JM Desfilhes 06 28 33 08 42) Amis des Sans Terre (06 21 17 02 26)
21 nov. 2007
Emission sur Radio Mon pais


Actualité des mobilisations contre la Syngenta et présentation du Mouvement des Sans Terre, c'est un peu long mais prenez le temps...
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