mouvement sans terre

27 oct. 2007

Attaque d'un groupe armé de la Syngenta contre des militants anti OGM de Via Campesina brésil : 1 mort, 5 blessés

Communiqué de presse de Via Campesina Brésil du 21/10/2007

Lors d'une attaque d'un groupe armé d'environ 40 mercenaires contre le campement de Via Campesina sur les champs de recherche d'OGM de la multinationale Syngenta Seeds, à Santa Tereza do Oeste (Paraná-Brésil), Valmir Motta, 42 ans, père de trois enfants, membre de la Via Campesina a été exécuté à bout portant par deux balles dans la poitrine. Les blessés, Gentil Couto Viera, Jonas Gomes de Queiroz, Domingos Barretos, Izabel Nascimento de Souza et Hudson Cardin ont été ammenés à l'hôpital de la région. Izabel est dans le coma et ses jours sont en danger.

Les champs de recherche d'OGM de la Syngenta ont été occupés le matin du 21 octobre 2007 par 150 agriculteurs de la Via Campesina. Ces champs avait été occupés auparavant par des familles paysannes en mars 2006, afin de dénoncer la reproduction illégale de semences génétiquement modifiées de soja et maïs auprès des autorités et de la société civile. Cette occupation porte aux yeux du monde les crimes de la Syngenta.

Après 16 mois de résistance, 70 familles avaient quitté ces mêmes plantations OGMs le 18 juillet de cette année pour former le campement "Olga Benario", situé aussi dans la commune de Santa Tereza do Oeste.

Aujourd'hui, lors de la réoccupation de ces champs, vers 13h30, un petit bus s'arrête devant l'entrée principale de la propriété et un groupe d'environ 40 mercenaires fortement armés sortent, forcent le portail, et executent froidement Valmir Motta avec deux balles dans la poitrine; ils tirent sur autres cinq paysans et tabassent Izabel do Nascimento de Souza, qui se trouve actuellement gravement blessée à l'hôpital.

Syngenta a engagé des services de sécurité qui opérent irrégulièrement dans cette région. Ils sont organisés et financés par la Société Rurale de la Région Oueste (Sociedade Rural da Região Oueste, SRO) et le Mouvement des Producteurs Ruraux (Movimento dos Produtores Rurais, MPR). Au début du mois, un des directeurs de cette entreprise de sécurité, nommée "NF", a été arrêté et le directeur général s'est enfuit pendant l'opération de police fédérale qui a suivit. Celle-ci a permis de découvrir des munitions et des armes illegales stockées dans leur siège social.

NF est une entreprise écran qui engage illégalement d'autres agents de sécurité pour des opérations illégales, comme des expulsions violentes d'occupations, ou des attaques contre les installations de paysans sans terre de la région.

Triste coincidence, le 18 octobre, une dénonciation des actions de ce groupe armé en relation avec le SRO/MPR et la Syngenta dans la région Ouest a été prononcée pendant une audience publique de la Commission des Droits de l'Homme et des Minorités de la Chambre Fédérale des Députés (CDHM), organisée à Curitiba.

Via Campesina exige une enquête judiciaire immédiate concernant cette attaque contre les paysans du campement, qui, avec les familles du campement Olga Benário, luttent pour transforner les champs de recherche en un Centre d'agriculture organique et de culture de sémences créoles (originaires de la région) pour l'agriculture familiale et la réforme agraire.

Les habitants du village rural Olga Benário, proches des champs de recherche de la Syngenta, sont entré en lutte contre ces champs de recherches d'OGM, parce qu'ils contaminent leur production de semences créoles et les rendent insuffisantes à leur alimentation et dangereuses pour leur santé et leur l'environnement.

Via Campesina

Informations pour la presse:
55-41-3324-7000 et 55-41-8411-9794 (demander Solange)
comunicacaopr@mst.org.br

4 sept. 2007

Brésil : un nouveau modèle de réforme agraire


Entretien avec J.P. Stédile par Fernando Sampaio

Le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) considère que le modèle de réforme agraire classique a été vidé de son contenu « par les élites brésiliennes qui ont adhéré au néolibéralisme, un modèle dominé par le capital financier et international ». Il propose au gouvernement brésilien un plan à moyen et long terme pour l'agriculture brésilienne en lien avec un nouveau type de réforme agraire. Lire la suite...



20 juil. 2007

Interview de Paolo Freire

Document fantastique ! Malheureusement pas traduit mais pour ceux qui comprennent un peu le portugais ... régalez vous :

Cette interview a été réalisé juste après la première marche pour la Réforme agraire du MST en 1997.




11 juil. 2007

Souveraineté alimentaire et diversité culturelle

SOUTENIR LE MOUVEMENT PAYSAN INTERNATIONAL:
Vu dans la presse: La diversité culturelle fait partie des grandes revendications de ce temps marqué par la mondialisation et par l’émergence d’une marchandise culturelle valable pour tous les pays. Une aberration. La défense de l’exception culturelle rejoint la lutte des paysans pour la souveraineté alimentaire, position défendue par Via Campesina, structure regroupant toutes les organisations du monde paysan voulant se battre contre le « tout à l’exportation ». Il fallait bien que les deux mondes se rencontrent. Ils ont, c’est évident, plus d’un point commun. La « bouffe » est aussi un phénomène culturel...Cet album Daqui (« d’ici », en occitan), un label créé en 1998, veut aussi établir des ponts entre toutes ces luttes. Il le fait en réunissant des musiciens classés dans les « musiques du monde » - ils et elles en profitent pour démontrer qu’ils savent ce que modernité veut dire - et des extraits de discours des leaders de ce monde paysan en ébullition. Le plus souvent - il faut bien le dire -, les bons sentiments se marient mal avec la réalisation d’un véritable travail artistique. Ce CD est une exception. Votre plaisir sera total. À la fois, vous ferez une action militante - en vue du premier forum mondial pour la souveraineté alimentaire - et vous prendrez plaisir à écouter ces musiciens du monde entier (« Via Campesina », Daqui distribué par Harmonia Mundi). Nicolas Bénies, Rouge

Souveraineté alimentaire et diversité culturelle vont de pair. Défendre l'agriculture paysanne et vivrière, revendiquer le droit des peuples et de leurs Etats à définir leur politique agricole et alimentaire revient à défendre et à promouvoir les langues et les cultures locales et ainsi à revendiquer la diversité culturelle partout dans le monde.

Tous les artistes qui figurent sur cette compilation ont participé aux Nuits Atypiques de Langon. Certains sont des artistes de réputation internationale, d'autres sont des musiciens moins connus du grand public. Ils viennent de différents pays, n'ont pas la même couleur de peau, la même culture, la même langue. Ce qui les rassemble, ce sont leurs différences et leur conception d'un monde fraternel et solidaire. Dans leur singularité artistique, ils expriment leur propre subjectivité, tout en illustrant la réalité plurielle de notre monde.

Patrick Lavaud

Nieleny 2007, Forum Mondial pour la Souveraineté Alimentaire
Plus de 860 millions de personnes souffrent chroniquement de la faim. 30 millions de personnes en meurent. Paradoxe insupportable, les trois-quarts de ces personnes sont des paysannes et des paysans sensés « vivre de l'agriculture ». Les politiques néolibérales imposées par l'OMC depuis le milieu des années 1990 n'ont fait qu'aggraver la crise économique qui frappe des centaines de millions de personnes, dans les pays du sud comme dans les pays du nord. En démantelant les protections douanières, elles ont créé les conditions d'un vaste marché mondial où les multinationales règnent en maîtres.

Un collectif regroupé autour des Amis de la Terre International, de Vía campesina, de la Marche des Femmes, des Réseaux Mondiaux d'Artisans pêcheurs, s'est créé pour organiser Nyéléni 2007, le forum mondial pour la souveraineté alimentaire.

600 délégués, originaires des cinq continents et représentant les secteurs de la société intéressés par les questions agricoles et alimentaires, viendront au Mali en février 2007. Cette rencontre permettra de réaffirmer le droit à la souveraineté alimentaire et de préciser ses implications économiques, sociales, environnementales et politiques. Elle visera également à mettre en place une dynamique internationale pour obtenir une reconnaissance effective du droit à la souveraineté alimentaire. Les organisateurs ont souhaité que cette rencontre se réalise en Afrique où l'agriculture occupe une place centrale et où de nombreuses familles paysannes et urbaines souffrent de la faim malgré les ressources naturelles importantes.

Le choix s'est naturellement porté vers le Mali, pays démocratique où les organisations de la société civile, qu'elles soient associatives ou syndicales, jouissent d'une liberté d'action et d'expression. Le Mali est l'un des premiers pays de la planète à avoir fait de la souveraineté alimentaire l'objectif prioritaire de sa nouvelle loi d'Orientation Agricole.

Nyéléni 2007 se déroulera à Sélingué, petit village situé à 90 minutes de Bamako. Le choix de ce lieu nécessitera la construction d'un centre d'hébergement, composé de cases traditionnelles et de cases améliorées, pour loger une partie des délégués. Ces infrastructures seront récupérées par les organisations maliennes associées à l'événement afin de servir de Centre de formation et de rencontres. Au delà des questions agricoles et alimentaires, Nyéléni 2007 veut créer les conditions d'émergence d'un vaste débat citoyen sur la souveraineté alimentaire, loin des corporatismes et de la défense des intérêts sectoriels.

VÍA CAMPESINA remercie les nombreux artistes qui ont accepté de soutenir Nyéléni 2007. La diversité de leurs musiques et de leurs chansons s'enracine dans les cultures paysannes encore bien vivantes sur notre planète. Leur aide et votre soutien nous permettront de concrétiser ce projet politique qui nous tient à cœur.

José Bové - Vía Campesina

VÍA CAMPESINA
La Vía Campesina est un mouvement international composé d'organisations paysannes de petits et moyens agriculteurs, de travailleurs agricoles, de femmes ainsi que par des communautés indigènes d'Asie, d'Afrique, d'Amérique et d'Europe. C'est un mouvement autonome, pluraliste et indépendant de tout mouvement politique, économique ou autre. Il est composé d'organisations nationales et régionales qui préservent jalousement leur autonomie. Le mouvement s'organise en 8 régions: Europe, Asie du Nord-Est et du Sud-Est, Asie du Sud, Amérique du Nord, Caraïbes, Amérique centrale, Amérique du Sud et Afrique.

La souveraineté alimentaire
La souveraineté alimentaire désigne le DROIT des populations, de leurs Etats ou Unions à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis à vis des pays tiers. La souveraineté alimentaire inclut :

la priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population, l'accès des paysan(ne)s et des sans-terre à la terre, à l'eau, aux semences, au crédit. D'où la nécessité de réformes agraires, de la lutte contre les OGM (organismes génétiquement modifiés) pour le libre accès aux semences, et de la sauvegarde de l'eau comme un bien public à répartir durablement.
le droit des paysan(e)s à produire des aliments et le droit des consommateurs à pouvoir décider ce qu'ils veulent consommer.
le droit des Etats à se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix.

des prix agricoles liés aux coûts de production : c'est possible à condition que les Etats ou Unions aient le droit de taxer les importations à trop bas prix, qu'ils s'engagent pour une production paysanne durable et qu'ils maîtrisent la production sur le marché intérieur pour éviter des excédents structurels.
la participation des populations aux choix de politique agricole.
la reconnaissance des droits des paysannes, qui jouent un rôle majeur dans la production agricole et l'alimentation.

Les armes ne tirent pas des roses...

Nouveau documentaire sur l'assassinat de sans terre dans le Pernambouco. Pas encore de traduction, mais ça viendra:




Ficha Técnica
Duração: 14 min
Direção: Maria Luísa Mendonça e Thalles Gomes
Roteiro: Joba Alves, Marluce Melo, Maria Luísa Mendonça e Thalles Gomes
Produção: Cássia Bechara, Ana Emília Borba e Natália Paulino
Trilha sonora: Grupo Galante e Ivan Vilella
Realização: Comissão Pastoral da Terra (CPT), Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST) e Rede Social de Justiça e Direitos Humanos

Sinopse
Na madrugada de 9 de junho de 1997, pistoleiros atacaram o acampamento do Engenho Camarazal, na Zona da Mata Norte de Pernambuco, uma região dominada pela monocultura da cana. Eles chegaram atirando contra trabalhadores rurais Sem Terra acampados na área. Cinco trabalhadores ficaram feridos, inclusive duas crianças. Pedro Augusto da Silva e Inácio José da Silva foram assassinados depois de terem sido brutalmente torturados.

O caso ficou conhecido como o Massacre de Camarazal. No mesmo ano. o Engenho Camarazal foi desapropriado para Reforma Agrária e o novo assentamento passou a se chamar Assentamento Pedro e Inácio. Dez anos se passaram e até hoje ninguém foi punido pelo assassinato dos dois agricultores.

O filme “Armas não Atiram Rosas” é uma denúncia contra a impunidade dos crimes cometidos pelo latifúndio e uma mostra da força do povo, que mesmo ameaçado, mesmo perdendo entes e companheiros queridos, segue lutando por justiça e liberdade.

30 juin 2007

Editorial de la revue VOLCANS :

Le pape et les sans terre

C’est au Brésil, devant la conférence des évêques d’Amérique latine et des Caraïbes, que le pape a affirmé : l’évangélisation des Indiens « n’a comporté à aucun moment une aliénation des cultures précolombiennes et n’a pas imposé une culture étrangère ». Il a, depuis, fait amende honorable. Mais il a malgré tout tenu à souligner « l’œuvre merveilleuse » accomplie « avec la grâce de Dieu » par les évangélisateurs en Amérique latine.

Au Brésil l’évangélisation a été menée de pair avec l’instauration d’une société esclavagiste à grande échelle. Cela concernait les esclaves acheminés depuis l’Afrique noire mais aussi les indigènes réduits en esclavage après la confiscation de leurs terres et la création des « capitaineries héréditaires », immenses propriétés concédées à des aristocrates portugais.

Assez tôt, des esclaves ont pu fuir leur condition et se regrouper dans des zones difficilement accessibles où ils vivaient en communauté, les palmares. L’un d’entre eux, Zumbi dos Palmares, s’est fait connaître en prenant la tête d’une longue révolte contre le pouvoir des capitaines. Né en 1655 au quilombo dos Palmares qui pouvait compter alors quelque 30 000 personnes, il est fait prisonnier encore enfant par un chasseur d’esclave. Le père Antonio Melo qui en reçoit la charge, le baptise Francisco et s’efforce de le faire échapper à « sa condition de sauvage », en l’initiant au portugais, au latin et à la religion catholique. Mais Zumbi s’enfuit à l’âge de 15 ans pour rejoindre Palmares. Intraitable, il refusera de se rendre jusqu’à sa capture et sa décapitation en 1794.

Les sans terre du Brésil célèbrent la mémoire de Zumbi. S’il avait retardé de quelques semaines son voyage et, plutôt que de s’adresser à un cénacle d’évêques d’obédience Opus Dei, avait écouté la foule rassemblée pour le Ve congrès du Mouvement des sans terre (MST), le pape aurait pu comprendre que pour eux, les « bienfaits de l’évangélisation » signifiaient d’abord des siècles de spoliation et de déshumanisation.

Lula avait promis une profonde réforme agraire. Après sa première élection il s’est seulement engagé à distribuer 400 000 parcelles. Il prétend aujourd’hui avoir pratiquement atteint cet objectif mais le MST dénonce un tour de passe-passe : alors que la réalité se chiffre à 40 000, le gouvernement inclut dans son décompte des exploitations depuis longtemps distribuées mais qui viennent seulement d’obtenir un titre de propriété. Le MST estime à 230 000 le nombre de familles installées dans des campamentos au bord des routes, en attente de se voir attribuer une parcelle.

A cette lutte pour la terre, toujours aussi actuelle – 1 % de la population possède encore 46 % des terres cultivables –, le MST entend associer la lutte pour une autre agriculture. Après le soja et le coton, le gouvernement Lula s’apprête à légaliser les cultures de maïs transgénique. La production à très grande échelle de cultures destinées aux biocarburants menace de ruiner définitivement la petite exploitation agricole. Plus encore, elle est porteuse de désastres écologiques sans précédent. Des esclaves marrons d’hier aux sans terre d’aujourd’hui, la révolte seule est porteuse d’avenir.

29 juin 2007

L’agroénergie et le rôle-clé joué par les petits producteurs

par Pedro Carrano

Le premier moment du cycle de débats organisé par l’hebdomadaire Brasil de Fato [lié au MST brésilien] et par l’organisation Via Campesina (organisation internationale des petits paysans et de sans-terre dans laquelle le MST joue un rôle important) pose l’agroécologie comme étant le point de départ dans la production d’agroénergie.

Le cycle de débats «L’agroénergie au Brésil, ses potentiels et les défis posés» a été conçu comme une activité parallèle au programme de la 6ème Journée d’Agroécologie qui a eu lieu le jeudi 12 juillet passé à Cascavel, dans l’Etat de Paraiba [Etat du Nordeste brésilien]. Dans tous les débats, l’accent a été mis sur la nécessité d’une production d’énergie d’origine végétale qui soit effectuée par des petits producteurs.

Selon les participants au débat de Cascavel, ce n’est que de cette manière que l’agroénergie pourra conduire à la souveraineté alimentaire et énergétique, dans la mesure où elle sera appuyée par un projet développé par des entreprises publiques telles que la Petrobrás [société transnationale pétrolière brésilienne, étatique, mais qui représente le bras de politico-économique du capital brésilien].

L’agroénergie est caractérisée par l’énergie et par des combustibles obtenus à partir de cellulose, de graines oléagineuses ou de sucres tirés de la canne à sucre. Ont participé à la discussion : le Père Sergio Antônio Görgen (Via Campesina), Claudio Dode (Petrobrás) et l’ingénieur agronome Horácio Martins.

Le cycle de débats est une initiative de la Via Campesina en partenariat avec le journal Brasil de Fato, et sous le patronage de la Petrobrás. Le second événement est fixé au 18 juillet, à Belo Horizonte, dans l’Etat de Minas Gerais. L’objectif est de lancer le débat sur le thème de l’agroénergie et de faire connaître à la société et jusqu’à la base des mouvements sociaux les plus reculés les projets et les luttes de classes qui caractérisent le sujet.

En accord avec João Pedro Stedile, dirigeant nationale de la Via Campesina au Brésil, il s’agit d’un effort commun, d’un véhicule de communication alternative entre le mouvement social et une entreprise d’Etat.

Rareté du pétrole

En tant que modérateur de la rencontre de Cascavel, Stedile a d’emblée déclaré que l’urgence de l’agroénergie surgit de la compréhension du fait que le pétrole se fait de plus en plus rare. Aujourd’hui, le valeur du baril de pétrole avoisine les U$ 70 dollars (environ R$ 150 reais), mais pourrait atteindre les U$ 100 dollars dans un futur proche. Le dirigeant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) a également mis en évidence le processus de prise de conscience dans l’opinion publique du fait que le modèle actuel de production et de consommation d’énergie est écologiquement insoutenable.

Stedile a fait une lecture des projets qui sont actuellement en concurrence autour de l’agroénergie. Si quelques-uns parmi eux impliquent des risques pour la production des petits agriculteurs, d’autres en revanche peuvent exploiter le potentiel et la viabilité de cette forme de production. La production d’énergie peut se faire par exemple en partenariat entre les petites agriculteurs et la Petrobrás. Une autre proposition serait une petite usine sous le contrôle des paysans, organisés en coopératives.

L’orateur a également parlé de la possibilité d’une production faite à partir de micro-usines familiales, dans lesquelles la génération d’énergie électrique se ferait sur place, de façon rationnelle et intégrée avec les cultures et avec la production d’huiles végétales.

Pour finir, il a présenté une proposition faite par l’ingénieur physicien Bautista Vidal concernant la création d’une entreprise étatique d’agroénergie. Il a été clair au long de tous les exposés que l'agriculture familiale présente un modèle de production alternative pour l'agroénergie, mais que cela ne peut se produire que s’il existe des programmes gouvernementaux d’appui à cette production, puisque celle-ci ne doit pas être soumise aux lois du marché.

Sans transgéniques ni monocultures

Dans son exposé, Cláudio Dode, de la Petrobrás, a insisté sur le fait que le programme de l'entreprise d’Etat qu’il représente est fondé sur l’idée de partenariats avec l’agriculture familiale, à partir de décisions prises par les communautés. Les projets de l’entreprise sont pensés en terme de polycultures, et non de monocultures. Selon Dode, la production d’agroénergie par cette entreprise d’Etat ne peut se faire qu’au sein d’un projet d’emploi et de revenu, et la production d’huile végétale ne peut être enlevée au petit producteur. Le représentant de la Petrobrás a également écarté la possibilité de travailler avec des cultures transgéniques. «Dans les programmes dans lesquels l’agriculteur fournit la matière première pour être industrialisée, la base du projet est l’agroécologie», a-t-il commenté.

Le Père Sergio Antônio Görgen, de son côté, croit que l’agroénergie apporte un changement structurel pour la société, et c’est pour cela que le sujet ne peut être abordé sans la présentation d’alternatives pratiques. Görgen précise que le Brésil possède les caractéristiques lui permettant de devenir le premier dans la production de bioénergie : un sol fertile, une main-d’œuvre en quantité et des réserves d’eau bien distribuées. Et surtout, le Brésil est le pays tropical disposant du plus grand territoire exposé au rayonnement du soleil.

Le dirigeant de Via Campesina a exposé les principes de la production de bioénergie appliqués par les petits producteurs. La production ne doit en aucun cas provoquer de substitution aux aliments, et doit de pour cela être basée sur différents types de cultures. Le contrôle des travailleurs sur la production doit être complet. «L’agriculteur ne peut pas produire de la matière première sans une valeur ajoutée, il est nécessaire de contrôler le maximum possible de la chaîne productive, en ayant recours à d’autres forces», a-t-il dit. La construction de ce projet n’est possible qu’en collaboration avec des entreprises publiques et notamment avec la Petrobrás, selon Görgen.

Les risques pour les cannaies

L’ingénieur agronome et chercheur Horácio Martins, à la fin de tous ces exposés, a analysé le projet du capitalisme mondial pour l’agroénergie au Brésil. L’objet de sa recherche détaillée est la culture de la canne à sucre. En accord avec le chercheur, le nombre de projets d’usines se monte actuellement de 189, dont 77 ont déjà obtenu l’autorisation.

La préoccupation majeure exprimée par l’ingénieur agronome est que la production agricole de matière végétale soit tournée vers l’exportation. Selon lui, la récolte de 2007/2008 va produire pour 20 milliards de reais de litres d’alcool, avec l’objectif de fournir le mélange de 25% d’alcool exigé dans l’essence. Même ainsi, la plus grande partie de la production sera destinée à l’exportation.

Pour Martins, la non-viabilité du modèle actuel de société exige des formes alternatives de production et de consommation. «Nous avons besoin d’une nouvelle conception de société, de rupture avec cette conception individualiste, nous devons changer le modèle de référence européen et nord-américain. Nous avons besoin de gouvernements populaires avec, à la base, des paysans pouvant produire leur autonomie, au moyen de petites et moyennes usines. Le paysan doit croire qu’il est lui est possible de subvenir à ses besoins en tant que producteur», affirme Martins. (Trad. A l’encontre)

22 juin 2007

Les Sans Terre brésiliens accusent l'état d'empêcher la réforme agraire.

Échos du Vème Congrès National du Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre.


Brasília, le 16 juin 2007

Marche des Sans Terre devant le Palais présidentiel - Brasilia. Photo: Julien Terrié.

¨Réforme agraire, pour la justice sociale et la souveraineté populaire¨ c'est le slogan choisi par le Mouvement des Sans Terre pour son Véme congrès national tenu du 11 au 15 juin 2007 à Brasília. "Justice sociale" en opposition aux politiques seulement compensatoires de Lula et "souveraineté populaire" pour plus de démocratie, de souveraineté alimentaire et de luttes anti-impérialistes au Brésil.


Dans le gymnase Nilson Nelson de Brasilia, 17.500 délégués, dont 40% de femmes, toutes et tous élu(e)s par les militants des terres conquises ou encore en occupation par le MST, 181 invités internationaux représentants 21 organisations paysannes de 31 pays et ami(e)s de divers mouvements et entités sont venus discuter des futures tâches politiques du Mouvement et de son positionnement par rapport au gouvernement Lula.

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