mouvement sans terre

18 mai 2016

Réunion de soutien à la démocratie brésilienne au siège du Parti Communiste Français – Espace Niemeyer – Paris – le vendredi 13 Mai 2016.


Photo : Adèle Goliot


Beaucoup d'émotions le vendredi 13 Mai, dans les locaux du Parti Communiste Français à l'occasion de la conférence organisée autour du coup d'Etat au Brésil. Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, s'est associé au Parti Communiste Français, au Parti des Travailleurs et aux ex-exilés brésiliens, franco-belges de la dictature militaire de 64 pour donner un échos, en France, à la situation politique dramatique au Brésil et organiser la résistance.

Les témoignages autour de la portée symbolique de la destitution de Dilma Roussef ont fusé. Les ex-exilés brésiliens ont rappelé à notre mémoire l'histoire des coups d'Etat au Brésil, le climat de la dictature de 1964 à 1985 sous laquelle ils ont été obligés de fuir pour des activités considérées comme subversives. Si le coup d'Etat n'a pas pris la même forme, il est dénoncé comme un coup d'Etat institutionnel de la droite ultra libérale profitant du système politique de cooptation au sein de la chambre des députés. Les alliances politiques se sont organisées dans une attaque en bonne et due forme contre la démocratie brésilienne.

La présidente Dilma Rousseff, avec la complicité des médias, a été accusée de corruption et le processus de destitution a été lancé sans apporter la preuve d'aucun crime de responsabilité. Le contexte politique est présenté par Douglas Estevam du Mouvement Sans Terre qui dénonce une attaque contre la démocratie et l'Etat de droit. Une attaque contre les références de la gauche, contre l'histoire des mouvements sociaux et un retour vers les fondations mêmes de la création du pays dans un contexte d'esclavage et de génocide des peuples brésiliens. Dilma et Lula sont les premiers à avoir rompu avec cette tradition en ouvrant l'accès aux droits sociaux pour la base de la société brésilienne. C'est bien pour ses qualités et non ses défauts que la présidente a été destituée.

Laurence Cohen (sénatrice du Val de Marne) dénonce la mise en place d'une dictature économique extrêmement grave avec tous les pouvoirs donnés à la grande finance et à des groupes de pression industriels et financiers. Ce qui prend tout son sens au regard de la formation du nouveau gouvernement : sur 23 ministres, 17 sont millionnaires, tous sont des hommes, blancs, plusieurs sont poursuivis pour des actes de corruption avérés. Les premières actions du gouvernement ont été la suppression des ministères de la culture, des femmes et du développement agraire (qui représentait les petits paysans). Le ministre de la justice a déclaré officiellement la classification des mouvements sociaux en tant qu'organisations terroristes.

La violence n'est pas que symbolique, elle est aussi physique, organisée par l'Etat avec l'assassinat de 4 militants du Mouvement Sans Terre en un mois, l'expulsion d'une école occupée par des étudiants sans autorisation judiciaire légale. Bolsonaro (député fédéral de l'Etat de Rio) dans ces discours, incite à la violence populaire et appelle le peuple à prendre les armes contre le mouvement sans terre. Des agressions physiques ont été commises envers des personnes affichant leur soutien aux organisations qui dénoncent ce coup d'Etat.

L'assemblée et les représentants des organisations décrivent un processus qui ne se limite pas uniquement aux frontières brésiliennes mais concernent bien tous les pays d'Amérique Latine en se référant aux coups d'Etat qui ont eu lieu au Honduras et au Paraguay, à la situation de l'Argentine et du Venezuela. L'inquiétude est terrible pour les pays du continent restant à gauche, particulièrement pour la Bolivie, le Venezuela et l'Equateur. La droite brésilienne avait demandé une intervention militaire en Bolivie lors de la renégociation des dettes des entreprises brésiliennes y travaillant. Les membres de ce nouveau gouvernement sont connus pour leur positionnement conservateur face aux autres pays de l'Amérique Latine.

Face à cette prise de pouvoir illégitime d'une ultra-droite agressive, le lien est fait avec le contexte européen et international de montée en puissance de l’extrême droite.

Ainsi, on comprend mieux les sentiments exprimés par l'assemblée : tristesse, indignation, honte, colère mais pour citer un des participants : nous vivons « une situation triste mais qui donne la volonté de combattre ». « Nous avons besoin de force pour lutter contre cette bande de voleurs au sens premier. ». Il rappelle que « nous avons déjà gagné une fois contre la dictature ».

Ce moment est un appel à prolonger, en France, la mobilisation du peuple brésilien, si bien décrite par le Mouvement Sans Terre, qui n'a eu aucun échos dans les médias. Cette crise a permis une remobilisation de la population brésilienne et la construction de nouvelles articulations des luttes avec la naissance du Front Brésil Populaire et du Front Peuple Sans Peur. Les propositions concrètes de soutien à la démocratie et au peuple brésilien ont été nombreuses :

  • Augmenter la communication médiatique en France autour du coup d'Etat.
  • Dénoncer le parti pris de la majorité des médias français et les mener à produire une analyse objective de la situation.
  • Lutter pour le droit à l'information et à la communication en soutenant les médias libres.
  • Porter la voix des artistes du Pernambuco qui s'organisent pour financer les mouvements de lutte contre le coup d'Etat.
  • Trouver des solutions de financement autres pour soutenir les mouvements en lutte au Brésil.
  • Continuer le travail de fourmi de bouche à oreille sur la situation au Brésil au quotidien.
  • Sortir dans la rue, occuper les lieux publics.
  • Demander au gouvernement français un positionnement clair sur le coup d'Etat.
  • Profiter du soutien des liens avec le groupe amitié Brésil du Sénat pour communiquer sur le coup d'Etat auprès des sénateurs.
  • Organiser un recours juridique contre ce coup d'Etat en sollicitant les tribunaux internationaux.
  • Construire un réseau de solidarité ici et là-bas.

Tout est en construction mais l'outil sera certainement les 3 R : Ruas (Rues), Relaçoes internacionais (relations internationales) et Redes (Réseaux).

La résistance en France va vers la construction d'un Front Brésil Populaire France ?

Nous allons continuer à lutter !

Texte Clarissa Figueira



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